Environnement : du green au blues

Environnement : du green au blues

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Frédéric Pennel

Analyste Délits d’Opinion

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Biographie

Journaliste de formation, Frédéric Pennel est spécialiste en sciences politiques et en questions internationales. Après une expérience en institut de sondage, il a piloté les études d’opinion au sein du ministère de la défense. Il est actuellement consultant éditorial en agence de communication.

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L’année 2015 sera verte ou ne sera pas. Cop 21, la conférence Climat qui se tiendra à Paris au mois de novembre, constituera un des jalons essentiels de l’année. L’occasion pour les climatologues de tirer la sonnette d’alarme et aux innovateurs d’exposer leurs initiatives pro-environnementales. Cette conférence tombe à pic car la thématique écologique, a priori incontournable, semble pourtant avoir désertée le terrain politique.

UN CONSTAT QUI NE FAIT PLUS DEBAT        

Entre les années 90 et 2010, l’environnement a tout simplement changé de dimension. Dans le gouvernement Rocard, un simple secrétaire d’Etat (en l’occurrence Brice Lalonde) traitait de l’écologie. Un sondage réalisé en 1993 démontrait que, parmi 13 enjeux préoccupants (emplois, menaces de guerre, inflation etc.), l’environnement arrivait avant-dernier (devant la corruption). Aujourd’hui, Ségolène Royal, ministre de l’Ecologie, occupe la troisième place dans le gouvernement Valls. Il s’agit d’un poste prestigieux, tous les sujets, de l’énergie à l’alimentation, étant désormais associés à cette thématique phare.

Dans l’opinion, les convertis à la cause verte sont légion. Les discussions ne porte plus sur l’existence d’un réchauffement climatique. Sa réalité est reconnue par une unanimité de Français. Et la responsabilité de l’homme dans ce réchauffement est admise par 81% des Français. Les personnalités la remettant en cause, Claude Allègre au premier chef, sont clouées au pilori à chacune de leur prise de parole.

Ces constats étant partagés, la bataille des écologistes devrait donc être gagnée. Mais, bien au contraire, c’est à se demander si elle n’est pas en danger. Dans tous les récents baromètres, la protection de l’environnement a plongé tout en bas des classements des les priorités politiques. En outre, force est de constater le recul de la présence de l’écologie dans le débat public. Que s’est-il passé ?

UNE OCCASION MANQUEE ?

C’est au milieu des années 2000 que l’écologie en France s’est vraiment emparée des consciences. Le résultat d’une convergence de plusieurs facteurs. D’une part, le développement spectaculaire de certains pays émergeants a souligné la finitude de nos ressources : notre modèle économique est voué à s’épuiser. D’autres part, le dérèglement climatique devenait toujours plus difficile à nier au vue des multiples études annonçant la fonte de la banquise et la multiplication des catastrophes naturelles. La canicule de 2003, provoquant 15 000 morts en France, a marqué les esprits.

La thématique environnementale s’impose alors à tous les politiques, dépassant très largement le cadre des seuls partis écologistes. Le Président d’alors, Jacques Chirac, monte au créneau lors des sommets internationaux pour porter la voix de l’écologie. « La maison brûle et on regarde ailleurs », déclare-t-il lors du sommet sur la Terre à Johannesburg. La Charte sur l’environnement est intégrée à la constitution en 2005. Alain Juppé part se convertir à l’écologie au Canada. Toujours outre-Atlantique, Al Gore provoque le ramdam autour de son film « Une vérité qui dérange ».

Lors de la pré-campagne présidentielle de 2007, l’environnement prend une place inédite. L’économie française s’améliore, avec un taux de chômage sur une pente positive. L’environnement peut occuper une partie de l’espace public libéré. Et une personnalité aussi inattendue que populaire attire alors tous les regards sur lui : Nicolas Hulot. A sa possible candidature, il lui substitue un Pacte écologique que signent Nicolas Sarkozy, François Bayrou et Ségolène Royal.

Une fois best online casino élu, le Président Sarkozy fait de son ministre du développement durable, Jean-Louis Borloo, un quasi vice-Premier ministre. Le Grenelle de l’environnement, un des moments forts du quinquennat, rencontre un réel succès populaire. 66% des Français estiment alors qu’il s’agit d’un événement important. A cette époque, la lutte en faveur de l’environnement figure, aux côtés de celle contre l’insécurité, comme la seule action jugée positivement par le gouvernement Fillon.

Avec du recul, on peut estimer que ces quelques années ont constitué l’âge d’or de la conscience écologique en France. Mais attention : jamais les Français, même à cette période, n’ont souhaité un grand soir écologique, privilégiant toujours une modification en douceur de leur mode de vie à un bouleversement.

LA CRISE ECONOMIQUE BRISE LA DYNAMIQUE

L’année 2008, celle de la crise financière, n’a pas emporté l’environnement dans ses tourments. Du moins, pas immédiatement. « Le syndrome du Titanic » (de Nicolas Hulot) et « Home » (Yann Arthus Bertrand) participent à entretenir la petite musique environnementale. Et l’année 2009 n’est-elle pas celle du meilleur score électoral jamais enregistré par les Verts (16% aux européennes) ?

Les années qui suivent confirment la profondeur de la crise économique dans laquelle l’Europe est engluée. Pointent l’angoisse d’une France désindustrialisée, du chômage et d’un déclassement personnel. Dès lors, les mentalités se focalisent sur l’attente du moindre frémissement économique. Et face à la peur de la mondialisation, les frontières sont remises au goût du jour. C’est entre 2010 et 2011 qu’on observe le plus clairement l’effondrement de l’écologie dans le spectre de préoccupation des Français. La sauvegarde des services publics, la lutte contre l’immigration clandestine, la dette et la fiscalité lui passent devant. Avec cette toile de fond, survient décembre 2010, le mois le plus froid depuis 40 ans. La France entière est bloquée. Faisant presque douter du réchauffement climatique.

L »ECOLOGIE : UN AVENIR PLUS SOCIETAL QUE POLITIQUE

Plusieurs signaux dans l’opinion auraient de quoi démoraliser les plus optimistes défenseurs de l’environnement. 2014 a été, selon les Français, l’année de Marine Le Pen, personnalité politique 2014. Le débat public gravite largement autour de ses thématiques. Des thématiques offrant une vision du monde largement confinée aux frontières nationales. Défavorable à la mondialisation, aux opérations militaires à l’étranger ou à l’Union européenne, seule la Nation l’obnubile. Le FN ne porte par ailleurs pas le moindre intérêt à l’environnement. Ce retour de la frontière est potentiellement mortel pour la problématique écologique, car celle-ci ne se comprend qu’à une échelle planétaire.

Autre signe, les déclarations de Ségolène Royal. La récente décision de la ministre de revenir sur l’interdiction des feux de cheminées à Paris (représentant 23% des émissions de particules fines de la capitale) n’a pas ému les foules.

Et plus grave : les Français ne semblent pas prêts à mettre la main au portefeuille pour la protection de l’environnement. La suspension de l’écotaxe en 2013 s’est faite avec l’assentiment d’une majorité de Français (57%).

Mais contre toute attente, la crise économique supporte également la cause écologique. Protéger l’environnement devient aussi une solution aux difficultés financières. Dès 2020, toutes les nouvelles constructions devront produire davantage d’énergie qu’elles n’en consomment : les économies d’énergie sont aussi des économies d’argent. Les collectivités locales mettent en place des redevances incitatives : plus on trie ses déchets, moins on paye de redevance. A l’échelle du foyer, les Français trient davantage. 78% des Français déclarent trier les piles. Ils n’étaient que 24% en 1998. Quand on interroge les Français sur les motifs du tri des déchets, l’argument « permet de réaliser des économies » est essentiel pour les convaincre. L’économie de partage, portée par des sociétés tel Blablacar, contribue à préserver la ressource. Les start-up innovent avec des applications détectant les places de stationnement, limitant là-encore la pollution inutile.

Même si l’environnement est moins présent dans la vie politique, elle reste un paramètre incontournable. Les entreprises affichent autant qu’elles le peuvent leur engagement RSE. Et l’opinion des Français se forge souvent à l’aune du développement durable et du principe de précaution. 62% est ainsi opposée à l’exploitation du gaz de schiste alors que l’unique prise en compte de l’économie recommanderait de l’exploiter.

Une fois de plus, l’écologie illustre que c’est via les forces vives de la société, et non plus par la politique, que la révolution s’opère. Peut-être trop doucement.

Article publié sur lexpress.fr

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