Emmanuel Macron, le maillon fort du gouvernement

Emmanuel Macron, le maillon fort du gouvernement

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Louise Bastien

Analyste Délits d’Opinion

Biographie

Diplômée du Master Progis de l’IEP de Grenoble, Louise Bastien dispose de plusieurs expériences dans les études d’opinion effectuées en instituts de sondages.

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Quelques mois après le remaniement ministériel de fin août 2014, un personnage politique, évoluant jusqu’alors dans l’antichambre de l’Élysée, s’est distingué au sein du gouvernement Valls II : Emmanuel Macron. Emmanuel Macron, 36 ans, ex-conseiller économique de François Hollande et ancien inspecteur des finances, a succédé le 26 août dernier à Arnaud Montebourg au poste de Ministre de l’Économie et de l’Industrie, celui-ci ayant ouvertement exprimé son désaccord à l’encontre de la politique économique menée par le gouvernement Valls I. Arrivé dans un contexte de difficultés politiques pour le gouvernement, Emmanuel Macron, l’homme de l’économie et de la finance, a réussi à se positionner comme un maillon fort du gouvernement.

Emmanuel Macron, la révélation du gouvernement

En quelques mois, Emmanuel Macron a su se construire une image de Ministre portant des projets politiques forts, à l’image de la « loi Macron » ou encore le « pacte de responsabilité » dont le benjamin du gouvernement est un des fervents défenseurs, tout en se préservant du climat d’impopularité ambiant régnant au sein de l’exécutif. En effet, en septembre 26 % des Français déclaraient faire confiance à l’actuel locataire de Bercy ; en décembre, ils sont 38 % (soit une progression de 12 points). Emmanuel Macron se positionne alors en décembre en 3e position au sein de l’équipe ministérielle derrière Laurent Fabius et Jean-Yves Le Drian (respectivement 46 % et 41 % de confiance). Notons que la confiance accordée à Emmanuel Macron est davantage portée par les catégories supérieures que par les catégories populaires (40 % contre 29 %). Les différentes réformes politiques, à l’image de la « loi Macron », ont ainsi mis en scène le patron de Bercy dans son rôle d’homme fort du gouvernement ce qui lui permet de rompre avec l’image de son prédécesseur, Arnaud Montebourg.

D’après un sondage Odoxa pour Aujourd’hui en France, 73 % des Français déclarent donner à Emmanuel Macron les attributs d’une personne « dynamique », « compétente » (62 %), « courageuse » (61 %) et qui a des « convictions profondes » (59 %). Malgré la persistance de certains traits d’images négatifs (68% des Français le qualifient de « technocrate » et 65 % estiment que le Ministre est « trop proche de la finance »), le successeur d’Arnaud Montebourg a réussi à s’émanciper de son image de novice politique. Les Français lui reconnaissent ainsi davantage ses qualités d’homme politique et accordent une importance moindre à son parcours professionnel. Il s’agit finalement d’un Ministre de l’Économie qui, en 5 mois, a réussi à tourner la page Montebourg qui fut douloureuse pour le gouvernement : 60 % des Français indiquent en effet qu’Emmanuel Macron est « plutôt meilleur » que son prédécesseur (selon un sondage Odoxa pour Aujourd’hui en France). Emmanuel Macron accompagne ce renouvellement de personnalité d’une évolution de la ligne politique.

Une personnalité qui séduit à droite comme à gauche

Sur  l’échiquier politique, Emmanuel Macron est une personnalité politique consensuelle. Il séduit en effet les sympathisants de gauche comme de droite avec une progression de confiance semblable dans les deux camps depuis septembre : 54% des sympathisants de gauche (+15 points par rapport à septembre) et 41% des sympathisants de droite (+14 points par rapport à septembre) déclarent faire confiance au Ministre de l’Économie actuel. Soulignons également qu’Emmanuel Macron est légèrement plus populaire à l’extrême-droite (Front National) (25%) qu’à l’extrême-gauche (19%). Si cette popularité qui dépasse les clivages politiques témoigne effectivement de la personnalité atypique du Ministre qui rompt dans le même temps avec l’image morose des Français envers l’exécutif, elle est le signe de convictions politiques qui ne sont pas uniquement le fruit des valeurs de gauche.

Emmanuel Macron n’est pas seulement un Ministre de gauche, mais un homme politique qui défend des valeurs social-libérales à l’image par exemple de la remise en cause de la loi des 35 heures. D’ailleurs, le Ministre de Bercy indique lui-même « qu’il n’est pas interdit d’être de gauche et de bon sens ». La posture social-libérale adoptée par le Ministre qui se détache des valeurs de gauche traditionnelles ne s’accompagne paradoxalement pas d’une perte d’adhésion au sein de l’ensemble de la gauche et plus précisément de son propre camp socialiste. Au contraire : 67% des sympathisants socialistes déclarent faire confiance à Emmanuel Macron (+ 12 points par rapport à septembre). Ce vent social-libéral qui souffle sur Bercy est alors un moyen pour le gouvernement de dessiner les contours d’une politique économique différente de celle jusqu’alors présentée et qui n’a pas donné de résultats tangibles aux yeux des Français. L’exécutif peut ainsi s’emparer de cette opportunité, qui plus est portée par un Ministre populaire, pour contribuer à redorer l’image des politiques menées.

Personnalité qui a fait l’objet de vives critiques à son arrivée au Ministère de l’Économie et des Finance, Emmanuel Macron a su, au profit d’une popularité politique, imposer sa personnalité, proposer à l’économie française un tournant social-libéral et devenir une pièce maitresse du gouvernement.

Données issues du baromètre de confiance dans l’exécutif et les principales personnalités politiques d’Harris Interactive – Décembre 2014

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