Elections régionales : d’une vague à l’autre

Elections régionales : d’une vague à l’autre

Le premier tour des élections régionales aura lieu ce week-end. Elles se tiendront pour la première fois dans les nouvelles frontières régionales définies par la réforme territoriale initiée par François Hollande. Pour éclairer les perspectives de ce scrutin, nous publions une étude détaillée, qui analyse les enjeux pour chacune des régions. Elle s’appuie sur une projection électorale, réalisée à partir des résultats des européennes. Ce travail, mené conjointement par quatre analystes de Délits d’opinion, Marion Desreumaux, Mathieu Gallard, Mayeul l’Huillier et Cécile Lacroix-Lanoë est disponible en intégralité sur notre site.

 

La méthodologie : une projection électorale prenant en compte trois scenarii d’évolution du score du FN

Notre étude détaillée des nouvelles régions a été réalisée à partir de plusieurs types de données exploités par Délits d’Opinion.

Ces données sont notamment issues des publications régionales de l’INSEE qui ont été compilées afin d’être analysées, suivant les redécoupages des nouvelles régions. A l’analyse de ces données sociodémographiques s’ajoute l’exploitation des résultats des élections passées, également recomposés sur les nouveaux ensembles géographiques.

Délits d’Opinion a également modélisé des projections de résultats électoraux et a établi trois scénarios permettant de couvrir différentes hypothèses de résultats en vue de ces élections régionales.

Ces scénarios s’appuient sur l’exploitation des données électorales issues du scrutin européen de 2014. En raison de la proximité dans le temps et l’anticipation d’une forte correspondance de contexte politique national, ces élections européennes de 2014 sont en effet considérées dans cette étude comme l’élection de référence. Les dernières élections régionales ne semblent pas pertinentes en raison du découpage différent et de l’évolution très importante du rapport de force politique en cinq ans. Quant aux scrutins municipaux de 2014 et départementaux de 2015, ils ont été marqués par une influence parfois déterminante des contextes locaux et ne présentaient pas une offre électorale homogène dans les frontières régionales.

D’après nos modèles, et indépendamment du détail des candidatures au sein des grandes familles politiques, l’ensemble des régions françaises* devrait voir se dérouler une triangulaire au second tour entre la gauche, la droite et le Front national. Ces scénarios sont des hypothèses de résultats du second tour, obtenues à partir des projections sur le premier tour et des reports de voix déterminés par l’équipe de Délits d’Opinion, à partir des reports généralement observés ces dernières années.

Nos trois scénarios s’appuient tout d’abord sur un niveau d’abstention qui devrait se situer, d’après nos analyses, entre celui observé en 2010 lors des dernières élections régionales (53,7%) et celui des dernières élections européennes (57,6%).

Concernant le résultat du Front national, les trois hypothèses de Délits d’Opinion dessinent les possibilités d’évolution entre les élections européennes de 2014  et les élections régionales de 2015 pour la formation de Marine Le Pen :

1. Scénario FN à 20% (FN20) : en retrait par rapport à ses résultats aux élections européennes, le FN, crédité de 20% des voix au niveau national, reviendrait à un niveau plus proche de celui obtenu par Marine Le Pen à l’élection présidentielle de 2012 ;

2. Scénario FN à 25% (FN25) : ce score de 25% serait l’équivalent de ce qui a été observé lors des élections européennes, suite à la forte progression du Front national ;

3. Scénario FN à 27% (FN27) : ce scénario fait état d’une nouvelle progression du Front national. S’il devait se confirmer, il s’agirait, avec 27% des voix, du plus haut score jamais atteint par la formation frontiste.

Pour la gauche, nous avons travaillé sur un résultat comparable à celui observé lors des élections européennes de 2014, c’est-à-dire proche de ses plus faibles scores historiques. Pour la droite, les scénarios établis se fondent sur une droite moyenne, en progression par rapport aux résultats observés lors de la période 2010-2012, mais encore très en-deçà du résultat de l’élection présidentielle de 2007.

 

Une victoire attendue pour la droite

L’analyse des résultats issus de notre étude apporte de nombreux enseignements sur la situation politique à quelques semaines des élections régionales. Voici la carte des régions issue du scrutin de décembre prochain telle que notre étude permet de l’anticiper.

Carte projection régions

Ainsi que l’anticipent Les Républicains et leurs alliés, la plupart des régions devraient logiquement basculer à droite. Au regard des rapports de force reconstitués dans notre étude, la marge de l’opposition semble relativement large dans un grand nombre de régions. Mais le risque bien réel de voir la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie leur échapper en faveur du FN ternirait nettement le bilan.

Pour Les Républicains, ces élections régionales ne s’apparenteront donc pas nécessairement à un succès complet, médias et commentateurs mettant souvent largement l’accent sur les performances du Front national. Mais même en cas de victoire de Marine Le Pen dans sa région, la droite devrait passer d’une région sur vingt-deux à huit sur douze a minima, ce qui constituera un enseignement majeur à moins d’un an et demi du scrutin présidentiel. Ces régions contrôlées par la droite lui offriront des sièges de conseillers régionaux, des postes de collaborateurs d’élus en grand nombre et des zones de contre-pouvoir face à la gauche. En sus, ce scrutin pourra servir de tremplin et initier, quelques mois avant les primaires de la droite en vue de l’élection présidentielle, une dynamique de victoire pour certains candidats.

Enfin, au-delà du bleuissement très net de la carte de France, notre projection représente également une revanche pour le camp qui a perdu de nombreuses positions électorales locales depuis le milieu des années 90. Après les succès des élections municipales et départementales, le scrutin de décembre de 2015 devrait lui permettre de reprendre les régions Centre, Ile-de-France, PACA et Pays-de-la-Loire perdues entre 1998 et 2004, mais également de s’approprier les exécutifs de nouvelles régions comme Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes, Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté et la Normandie réunie.

 

Un Front national en capacité de remporter une région

Ce serait indéniablement historique : avec le redécoupage des régions, et surtout le rassemblement de deux régions dans lesquelles il s’est beaucoup développé ces dernières années, le Front national jouera la gagne en Nord-Pas-de-Calais-Picardie. D’après nos modèles, le « match » est très ouvert.

Pour le parti frontiste, une telle victoire permettrait de prolonger sa progression, après les élections municipales et sénatoriales de 2014 et les départementales de 2015. Le bilan électoral depuis le début du mandat de François Hollande est largement positif pour le Front national et le conforte dans sa position de challenger de l’opposition.

Autre enseignement de notre étude, la capacité du Front national à s’illustrer sur l’ensemble du territoire apparait nettement : il serait ainsi en position de se maintenir au second tour dans l’ensemble des régions de France, alors qu’il était absent des seconds tours dans 9 régions en 2010, situées dans la partie ouest de la France.

 

Un « tsunami » électoral pour la gauche qui perdrait la plupart de ses positions

La gauche au pouvoir au niveau national est en difficulté et les scrutins intermédiaires n’avaient pas beaucoup de chances d’apporter de bonnes nouvelles. Après la déroute des élections municipales et la défaite des élections départementales, les régions promettent désormais de basculer très majoritairement à droite, et la gauche n’en sauvegardera probablement qu’entre une et trois : Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées parait relativement protégée, la Bretagne et Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes étant pour leur part incertaines.

Pour la gauche, un tel bilan serait une véritable catastrophe – le pire depuis 1992 – et mettrait un terme à la période de domination de la France des territoires des années 2000 qui avait abouti à la conquête du Sénat par la gauche en 2011.

 

Vous pouvez consulter l’intégralité de l’étude, avec le détail par région.

 

* Compte tenu de la spécificité des situations électorales en Corse et dans les Outre-mer, cette étude ne porte que sur les régions de la France continentale.

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