Elections : mauvais bilan pour la droite des années Sarkozy

Elections : mauvais bilan pour la droite des années Sarkozy

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Mayeul l'Huillier

Co-fondateur de Délits d’Opinion

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Biographie

Après un diplôme de l’Edhec, Mayeul l'Huillier a consacré les premières années de sa vie professionnelle aux études d'opinion et aux affaires publiques. Il travaille désormais dans le secteur viticole où il dirige le Syndicat Viticole des Graves. 

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Nostalgiques des grandes années de la droite, rappelez-vous 1992-1995. A cette époque, profitant de l’extrême impopularité des Premiers ministres socialistes Edith Cresson et Pierre Bérégovoy,  les partis de droite, RPR et UDF, amorcent une reconquête du pouvoir aussi rapide qu’efficace : 20 régions sur 22 remportées lors des élections régionales de 1992, 72 départements sur 95 lors des élections cantonales la même année, 203 sénateurs sur les 322 sièges de la chambre haute également en 1992, avant de remporter 472 sièges de députés sur 577 possibles en 1993, 41 sièges de députés européens sur 87 en 1994, puis l’élection présidentielle en 1995. En trois ans, la droite rafle tout, la France est couverte de bleu. Jamais un parti politique n’avait dominé la scène politique à ce point, n’avait réussi à contrôler l’ensemble des exécutifs, des représentations.

Jamais, peut-être jusqu’au mois de juin 2012. Les dix dernières années qui ont vu la droite conserver le pouvoir national sans cohabitation ont également achevé le déclin du parti majoritaire dans les exécutifs locaux. Elle devrait s’achever lors d’élections législatives qui s’annoncent d’ors et déjà compliquées pour l’UMP.

 

 

Le candidat Sarkozy

Nicolas Sarkozy est un homme qui est resté relativement discret face aux urnes tout au long de sa carrière. Là où certains, en chefs de parti, multiplient les positions de chef de file lors des élections nationales ou régionales, lui a préféré les portefeuilles ministériels et ses mandats locaux. Son bilan électoral hors de Neuilly-sur-Seine (où « même une chèvre avec l’investiture UMP pourrait être élue » d’après Arnaud Montebourg) se limite donc à trois élections : les élections européennes de 1999 et ses deux candidatures à l’élection présidentielle en 2007 et 2012.

En 1999, dans un contexte qui aurait pu paraître favorable, la gauche étant au gouvernement depuis deux ans, le résultat est catastrophique. Mal préparé, nommé tête de liste avec Alain Madelin au dernier moment suite à la démission de Philippe Seguin de la tête du RPR, il arrive en troisième position derrière un certain François Hollande (21,9%) et l’alliance Philippe de Villiers – Charles Pasqua (13,06%). Avec seulement 12,82% des suffrages, au milieu d’une droite divisée en quatre composantes – aux deux listes citées plus haut s’ajoutent celles de François Bayrou (9,29%) et Jean Saint-Josse (6,78%), il se voit obligé de quitter à son tour la tête du RPR après la débâcle. A ces élections européennes, la droite n’envoie que 27 députés à Bruxelles, record en cours.

A l’inverse, l’élection présidentielle de 2007 est un indéniable succès pour l’ancien ministre de l’Intérieur. Arrivé en tête du premier tour avec 31,18%, il l’emporte au second avec 53,06% des suffrages, devançant largement son adversaire Ségolène Royal, dans un scrutin marqué par une participation comparable aux niveaux enregistrés dans les années 80. Cette faible abstention reste d’ailleurs à ce jour une exception dans la démobilisation progressive de l’électorat français depuis la fin des années 70.

En 2012, il est battu par François Hollande, légèrement devancé au premier tour (27,18% contre 28,63% pour le candidat socialiste) et au second (48,37% contre 51,63%). Malgré un rapport de force de second tour comparable à celui de l’élection présidentielle de 1981, cette élection marque une première pour la droite parlementaire française qui fait, et de loin, son plus faible score de la Vème République au premier tour d’une élection présidentielle.

A droite, cette élection est marquée par la coexistence de deux stratégies : le candidat unique de la droite et la campagne « au peuple ». Si la deuxième semble avoir fonctionné et a permis à Nicolas Sarkozy de « limiter la casse », la première est indéniablement un échec dans la mesure où elle n’a pas permis au président sortant d’être en tête au premier tour. Et ce raté contribue à la situation difficile de la droite à l’heure d’aborder les législatives.

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Les élections régionales

A la tête de 20 régions en 1992, la droite n’en contrôle à ce jour plus que 2 ! Si certains justifient la perte de 18 régions par la seule alternance automatique aux élections intermédiaires, la gauche n’ayant pas remporté d’élection présidentielle entre 1992 et 2010, le recul de 1998, un an après l’installation du gouvernement Jospin, contredit cette théorie simpliste.

Il apparait évidemment impensable de mettre au bilan de Nicolas Sarkozy la perte de 12 régions en 2004, malgré sa présence au gouvernement. La défaite de 2010 n’a toutefois pas permis d’inverser la tendance, au contraire, la droite parlementaire réalisant son plus mauvais résultat national à une élection depuis le début de la Vème République, comme le montre le graphique ci-dessous.


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Les élections européennes

Comme nous l’avons indiqué plus haut, la droite n’a pas battu son plus faible nombre de députés envoyés à Bruxelles lors du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Ce plancher de 27 députés avait été atteint en 1999 quand il menait lui-même la liste RPR-DL aux côtés d’Alain Madelin. Le nombre de 30 députés européens élus en 2009 n’est donc que le deuxième plus mauvais résultat de la droite.

Avec un score total cumulé des forces de droite de 34,45% – soit le deuxième plus mauvais résultat de la droite à une élection nationale de la Vème République, après les élections régionales de 2010 -, le bilan tiré de cette élection par beaucoup est positif, le camp du président Sarkozy étant arrivé en tête en raison d’un mode de scrutin à un seul tour ayant défavorisé les partis de gauche arrivés divisés à cette élection, comme lors d’un scrutin à deux tours.
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Les élections cantonales

Les scrutins cantonaux de 2008 et 2011 ont permis le renouvellement de l’ensemble des conseils généraux (renouvelés par moitié tous les six ans). Ils ont surtout offert à la gauche l’occasion de confirmer sa victoire aux élections régionales de 2004 et d’améliorer son maillage territorial. Des 51 conseils généraux dirigés par la droite en 2007 lors de l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, 10 sont passés de droite à gauche pendant le quinquennat, et la droite n’en contrôle plus que 41, soit moins de la moitié des départements.

Ces élections cantonales n’étaient pourtant pas à négliger. Elles ont été le point de départ de la campagne présidentielle de François Hollande. Celui-ci, comme Ségolène Royal avait su le faire en 2004 lors de la conquête des régions par la gauche, a réussi à tirer profit de cette victoire. Le suspens entretenu par le futur président de la République lors des élections cantonales de 2011 en Corrèze et le choix de conditionner sa candidature à une réélection sans risque lui ont permis d’être le symbole de la victoire de la gauche, avant d’entamer sa marche victorieuse vers l’Elysée.

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Les grandes villes

Le bilan électoral du quinquennat qui s’achève ne pourrait être complet sans évoquer le maillage municipal de l’UMP. S’il est délicat d’analyser les résultats des élections municipales dans l’ensemble des communes de France, les grandes villes permettent de juger de l’évolution des rapports de force électoraux. En nous basant sur les données compilées par Laurent de Boissieu (http://www.france-politique.fr) sur les communes de plus de 90 000 habitants, il apparaît là encore que la droite a perdu beaucoup de terrain lors des élections municipales de 2008. Sur ces 44 communes, seules 13 sont actuellement administrées par un édile de droite, contre 23 en 2001. Des villes comme Toulouse, Saint-Etienne, Caen, Metz, Amiens, Rouen ou Strasbourg ont notamment changé de bord politique.

Le bilan politique des 10 plus importantes municipalités de France depuis 1983 montre d’ailleurs l’affaiblissement de la droite des territoires au cours des trente dernières années. Là encore le dernier quinquennat n’a pas su inverser la tendance, au contraire.

 

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Le Sénat

Symbole de la reconquête progressive du pouvoir par les socialistes, le Sénat est passé à gauche pour la première fois de la Vème République en septembre 2011. Ce résultat est avant tout la conséquence des élections détaillées ci-dessus et qui fournissent l’ensemble du corps électoral des grands électeurs. Il met donc en lumière la reconquête successive des territoires par la gauche depuis la fin des années 90 et valorise un maillage qui n’a jamais été aussi serré.

Pour autant la faible majorité de gauche de la haute assemblée pourrait s’inverser dès les prochaines élections de 2014. Sans la considérer comme automatique, une éventuelle alternance politique lors des élections municipales de 2014 devrait permettre à la droite de reprendre quelques villes perdues ces dernières années. Or ce sont justement les maires, les conseillers municipaux et leurs adjoints qui constituent la majeure partie du corps électoral des élections sénatoriales, et ils pourraient ainsi permettre à la droite de regagner quelques-uns des sièges perdus lors des élections de 2004…

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Une droite dans un état comparable à celui de la gauche en 1992-1995

Election par élection, il apparait qu’à la fin du quinquennat de Nicolas Sarkozy, la droite est dans une situation délicate : presque absente des régions, minoritaire dans les départements et les grandes villes, peu présente à Bruxelles et renversée au Sénat…

A ces exécutifs et représentations abandonnés s’ajoutent également les trois plus mauvais scores de premier tour de l’histoire de la droite parlementaire depuis 1958. Obtenus lors des trois derniers scrutins nationaux (européennes 2009, régionales 2010 et présidentielle 2012), ils montrent que la défaite présidentielle n’est pas le fruit du hasard, mais bien le résultat d’une désagrégation lente mais sûre de l’électorat de droite aujourd’hui en partie éclaté entre le Modem et le Front National.

Ainsi, à l’heure du bilan, il apparait que le président sortant n’aura pas été un bon chef de file pour la droite au cours de son mandat. En ajoutant les élections européennes de 1999, en dehors de sa quête du pouvoir en 2007, il a pratiquement tout perdu.

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La gauche avait connu pareille situation entre 1992 et 1995, et si l’on excepte l’intermède 1997-2002, a mis 17 ans à revenir au pouvoir, prenant élection après élection quelques villes, quelques régions, quelques départements, afin de s’assurer des têtes de pont favorables à la construction d’une candidature présidentielle gagnante. C’est d’ailleurs la principale réussite d’un certain François Hollande à la tête du Parti Socialiste entre 1997 et 2008. A la droite aujourd’hui de trouver le bâtisseur qui lui permettra de se reconstruire lors des élections successives qui devraient rythmer le quinquennat qui commence.

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