Élections de mi-mandat aux États-Unis : vers une défaite démocrate 2/2

Élections de mi-mandat aux États-Unis : vers une défaite démocrate 2/2

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Mathieu

Analyste Délits d’Opinion

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Biographie

Après des études à l’IEP de Grenoble et un master en sociologie politique à Sciences Po Paris, Mathieu a travaillé dans un institut de sondages. Il est aujourd’hui chargé d’études au sein d’une administration publique.

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On a vu dans un précédent article pourquoi les Présidents américains perdent systématiquement les élections de mi-mandat : les années où le scrutin à la Chambre des Représentants est couplé avec l’élection présidentielle, les candidats du parti du futur hôte de la Maison Blanche bénéficient d’un effet d’entraînement. Mais deux ans plus tard, cet effet disparaît, et le parti du Président subit une défaite. Le contexte économique et politique fait la différence entre un revers mineur ou un échec historique, comme celui subit par Barack Obama lors des élections de mi-mandat de 2010. Dans cet article, on va voir que les conditions semblent réunies pour que les démocrates subissent à nouveau une défaite marquante.

Un contexte économique défavorable pour Barack Obama

La situation du pays devrait a priori laisser un certain espoir aux démocrates. La croissance économique a assez nettement redémarré pendant l’année 2013, et elle est estimée à 4,6% pour le second trimestre de l’année 2014. Conséquence, le chômage, qui avait atteint les 10% à l’automne 2009, est désormais tombé sous la barre des 6%. Les Américains sont conscients de cette amélioration, puisque la part de ceux qui jugent que la situation économique des États-Unis est bonne est passée de 11% lors de l’arrivée à la Maison Blanche de Barack Obama fin 2008 à 36% aujourd’hui (cf. graphique 1).

Graphique 1 – Le jugement sur la situation économique du pays et l’évolution du taux de chômage

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Cette vision plus positive ne concerne toutefois qu’un tiers des Américains : 64% estiment que la situation du pays reste mauvaise. Et plus généralement, ce début de reprise économique n’a quasiment aucun impact sur la perception que les sondés se font de leur pays : 26% sont satisfaits de la situation des États-Unis, contre 69% qui sont mécontents. Par ailleurs, l’idée d’une situation qui s’améliore reste très minoritaire : 65% pensent que le pays va dans la mauvaise direction, contre 26% qui jugent qu’il va dans la bonne direction. Des indicateurs qui sont d’autant plus inquiétants qu’ils ne témoignent d’aucune amélioration depuis plusieurs années.

Dans ce contexte, la cote de popularité de Barack Obama est redevenue assez nettement négative depuis mai 2013. Aujourd’hui, ce sont en moyenne 53% des Américains qui désapprouvent son action, contre environ 42% qui l’approuvent. Cette situation est d’autant plus inquiétante que les électeurs indépendants, dont on a vu dans un précédent article qu’ils étaient décisifs lors des mid-terms, sont très opposés au Président : 60% contre 33% désapprouvent désormais son action. C’est sans contexte la situation économique qui explique le mieux cette défaveur de l’opinion (environ 54% contre 41% s’opposent à l’action du Président en la matière), mais l’indécision de la Maison Blanche face à la situation au Proche-Orient y a sans doute aussi contribué au cours des derniers mois (55% contre 36% désapprouvent l’action du Président).

Des démocrates désavantagés par le contexte

Les démocrates pourraient a priori bénéficier de leur avantage numérique et de la grande impopularité du parti républicain. En effet, 31% des Américains s’identifient au parti démocrate, contre seulement 24% au GOP. Cette domination est désormais bien établie, puisqu’elle date du second mandat de George W. Bush (2004-2008).

Graphique 2 – Les opinions favorables envers le parti démocrate et le parti républicain

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De plus, les démocrates sont mieux perçus que les républicains : 47% des sondés ont une opinion favorable envers le parti de l’âne, contre seulement 38% en ce qui concerne le parti de l’éléphant (cf. graphique 2). Ces chiffres se sont dégradés pour les deux partis depuis 10 ou 15 ans, mais l’avantage est presque constamment resté aux démocrates. De fait, l’image du parti démocrate est plus positive que celle du parti républicain sur la plupart des dimensions testées par le Pew Research Center en octobre dernier. Les Américains jugent que les démocrates sont plus proches d’eux, plus éthiques, plus bi-partisans, moins extrémistes et moins influencés par les groupes de pression – et souvent avec un écart conséquent (cf. graphique 3). Ils ne sont rattrapés par les républicains que sur la dimension d’efficacité, il est vrai essentielle en période de crise économique.

Graphique 3 – Les traits d’image des partis démocrates et républicains

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Pour autant, cette bonne image est éclipsée par une domination des républicains sur les principaux enjeux qui préoccupent les Américains. Ainsi, sur les trois sujets les plus importants de la campagne (l’économie, l’emploi et le Proche-Orient), l’institut Gallup indique que les républicains sont jugés plus crédibles que les démocrates. Ces derniers ne sont dominants que sur un seul enjeu important (l’égalité salariale hommes/femmes), les autres sujets sur lesquels les Américains les perçoivent comme étant plus crédibles que les républicains (avortement/contraception, changement climatique) étant plus secondaires.

Graphique 4 – Les partis les plus crédibles sur les enjeux de la campagne

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D’autre part, l’avantage numérique des démocrates dans l’électorat est contrebalancé par leur relative apathie cette année. Globalement, les électeurs démocrates sont moins intéressés par la campagne : seuls 47% déclarent la suivre dans les médias, contre 57% chez les républicains. Par ailleurs, si 40% des républicains ont sérieusement pensé à l’élection, ce chiffre tombe à 28% parmi les démocrates. Surtout, la perspective d’une abstention différentielle est crainte à la Maison Blanche. En effet, 48% des républicains se disent « enthousiastes » à l’idée d’aller voter mardi prochain, contre seulement 30% des démocrates. Une situation qui s’explique par la déception provoquée par le second mandat de Barack Obama : seuls 38% des électeurs démocrates disent que leur vote sera avant tout « pour le Président », alors que ce chiffre était de 53% en 2010 – une année qui avait pourtant déjà été un désastre pour les démocrates. Au contraire, les électeurs républicains sont plus que jamais enthousiastes à l’idée d’infliger un camouflet à Barack Obama : 61% voteront « contre le Président », contre 56% en 2010.

Le dernier handicap qui pèse sur les démocrates concerne pourtant bel et bien l’absence de Barack Obama sur les bulletins de vote cette année. On l’a vu la semaine dernière, les candidats à la Chambre et au Sénat du parti du Président (ou de celui qui va être élu Président) bénéficient d’un effet d’entraînement. Lors des élections de mi-mandat, cet effet disparaît, et le parti du Président en subit mécaniquement les conséquences. Cela va concerner les 435 candidats démocrates à la Chambre des Représentants, qui sont tous soumis à réélection tous les deux ans. Mais comme les démocrates sont déjà minoritaires à la Chambre (199 élus, contre 233 aux républicains), la perte de sièges supplémentaires aurait peu d’impact. En revanche, au Sénat, les démocrates disposent d’une courte majorité : 53 élus, plus deux indépendants qui sièges dans le groupe démocrate, contre 45 républicains. Or, sur les 36 sièges à pourvoir cette année, les démocrates comptent 21 sortants, contre 15 seulement aux républicains. Et ces démocrates ont été élus, parfois de très peu, lors de la vague bleue qui a porté Barack Obama à la Maison Blanche en 2008. L’absence de l’effet d’entraînement provoqué par la présence d’un candidat mobilisateur à l’élection présidentielle risque de se faire cruellement sentir mardi prochain.

Les sondages donnent l’avantage aux Républicains – mais dans quelle mesure ?

Dans ce contexte, une victoire républicaine mardi est inéluctable. Reste à voir quelle sera son ampleur.

A la Chambre des Représentants, les républicains disposent d’après les derniers sondages d’une légère avance au niveau national : 46% des électeurs choisiraient un candidat du GOP, 44% un candidat démocrate. En 2012, le rapport de force était de 48,8% en faveur des démocrates contre 47,6% pour les républicains, et en 2010, de 51,7% pour les républicains contre 44,9% pour les démocrates. Mais ces rapports de force en terme de voix reflètent mal les résultats en sièges, car le découpage électoral très partisan réalisé tous les 10 ans abouti à la création d’une très large majorité de circonscriptions imprenables. De fait, même lors des « vagues » électorales qui ont lieu pendant les mid-terms du passé, le nombre de sièges qui change de camp reste faible : 69 en 2010 (soit 16% des 435 sièges), 60 (14%) en 1994… De plus, conscients de leur incapacité à gagner certaines circonscriptions, les deux partis renoncent parfois à présenter des candidats dans des districts imprenables pour économiser de l’argent et du temps. Les victoires avec 100% des voix ne sont donc pas rares, et accentuent l’écart entre les résultats en voix et en sièges au niveau national. Toutefois, les sondages locaux et les analyses par circonscriptions semblent indiquer que les républicains renforceront légèrement leur majorité à la Chambre des Représentants, mais sans y faire une nouvelle percée.

Au Sénat, le rapport de force actuel est serré (55 démocrates contre 45 républicains), le découpage électoral par États avantage moins les sortants et les démocrates défendent plus de sièges (21 contre 15 aux républicains), dont certains qui avaient été gagnés d’un cheveux en 2008, grâce à la mobilisation d’électeurs enthousiastes à l’idée d’élire Barack Obama. Conséquence, les démocrates devraient perdre des sièges, et pourraient même perdre leur majorité. Les sortants sont en effet en difficulté, notamment dans plusieurs États du Sud où la tradition démocrate, héritée de la guerre de Sécession, n’est le plus souvent qu’un souvenir. Ainsi, le sénateur Mark Pryor dans l’Arkansas, Mary Landrieu en Louisiane ou Kay Hagan en Caroline du Nord sont en mauvaise posture. De plus, des sièges du Sud sont en passe de leur échapper alors que les démocrates espéraient y bénéficier de changements démographique provoqués par une économie dynamique  : en Géorgie ou au Kentucky, le parti de l’âne avait misé sur des jeunes femmes prometteuses qui semblent aujourd’hui en difficulté face à des sortants bien implantés. D’autres sortants sont en situation précaire dans tout le pays : Jeanne Shaheen dans le New Hampshire, qui fait face à Scott Brown, sénateur du Massachusetts de 2010 à 2012 et qui souhaite faire un come-back dans cet Etat voisin ; Mark Udall, membre d’une dynastie familiale très puissante dans l’Ouest des États-Unis et qui semble à la peine dans le Colorado ; ou Mark Begich, dont le premier mandat dans la très libertarienne Alaska pourrait s’achever prématurément. Il faut aussi noter que le verdict définitif sur le contrôle du Sénat pourrait n’intervenir que le 6 janvier prochain. En effet, si aucun candidat n’atteint les 50% mardi prochain, un second tour sera organisé le 6 décembre en Louisiane, et le 6 janvier en Géorgie. La présence d’un candidat libertarien en Géorgie et de trois candidats républicains en Louisiane rend cette perspective très probable.

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Les élections de mi-mandat de mardi seront décisives à plus d’un titre. A court-terme, elles pourraient faire de Barack Obama un Président en grande partie impuissant pour les deux dernières années de son mandat, en cas de victoire républicaine au Sénat. A moyen-terme, elles pourront avoir une influence décisive sur les élections présidentielles de 2016, un Congrès dominé par le GOP pouvant à la fois inciter des républicains populaires à entrer en lice face à Hillary Clinton et révéler à l’opinion publique les divisions internes du parti. Enfin, à long-terme, elles pourraient aggraver la polarisation partisane croissante à Washington, en permettant l’élection de démocrates libéraux et de républicains conservateurs, et au contraire en éliminant les modérés de chaque parti.

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