EELV : trop verts pour 2012 ?

EELV : trop verts pour 2012 ?

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Nicolas Fert

Biographie

Diplômé de l'IEP de Grenoble en études d'opinion et de marché (PROGIS) après une hypohâgne/khâgne à Reims, Nicolas Fert travaille aujourd'hui au sein du département Opinion d'un institut de sondage.

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L’élection présidentielle a rarement été pour les écologistes français un tremplin pour relayer leurs idées dans l’opinion. Si Noël Mamère avait réalisé en 2002 un score honorable avec 5,25%, le meilleur d’un écologiste depuis l’instauration de l’élection présidentielle, le dernier scrutin a lui été cruel pour Dominique Voynet et les Verts qui l’avaient investis (1,57%). A l’opposé, l’écologie politique a souvent su tirer son épingle du jeu dans les élections intermédiaires, notamment aux européennes où ils avaient réalisé autour de 10% des suffrages en 1989 et 1995. C’est d’ailleurs à cette élection que leur plus grand succès électoral est intervenu : 16,28% lors des européennes de 2009, emmenés notamment par Daniel Cohn-Bendit, Eva Joly et José Bové. Leurs scores semblent depuis s’éroder, avec 12,18% aux régionales de 2010 et 8,2% aux cantonales de 2011. Y-a-t-il alors une fatalité pour les écologistes à rater le rendez-vous de l’élection présidentielle ?

Un discours écologiste désarmé face à l’élection présidentielle

Eva Joly réalise aujourd’hui entre 3 et 6% des intentions de vote pour une moyenne de 4,25%*, soit un score deux fois inférieur à celui qu’a réalisé Europe Écologie / Les Verts lors des dernières cantonales, cela même alors que les préoccupations environnementales n’ont jamais été aussi diffuses dans la société française. Un sondage BVA réalisé en novembre 2011 montrait ainsi que les inquiétudes à l’égard des risques environnementaux étaient particulièrement hauts, 84% des Français jugeant par exemple inquiétante le réchauffement de l’atmosphère et 77% le stockage des déchets nucléaires. Plus intéressant encore, malgré certains discours écolo-sceptiques parfois diffusés, la proportion de Français doutant de la menace écologique a sensiblement baissé depuis 20 ans : alors que 53% des Français estimaient en 1992 que « les spécialistes de l’environnement exagèrent les menaces qui pèsent sur notre planète », ils ne sont plus que 44% en 2011, les Français n’étant pas d’accord avec cette assertion étant maintenant majoritaires (55%, +8).

Seul problème, cette prise en compte de l’enjeu environnemental peine à mobiliser dans une campagne présidentielle, surtout quand celle que nous vivons actuellement est largement marquée par une crise économique et financière reléguant les enjeux non-économiques au second plan. Plus grave peut-être, les Français semblent peu enclins à croire dans le rôle des politiques pour résoudre les problèmes écologiques : seuls 22% pensent ainsi dans le sondage BVA déjà cité qu’une meilleure protection de l’environnement passera avant tout pas « des lois et des réglementations strictes contre les abus » alors que 77% privilégient « un changement profond des mentalités » (+14 par rapport à 1992). Comment imposer alors l’enjeu écologique dans une élection où les discours se font traditionnellement très volontaristes et visent à imposer auprès des citoyens l’idée que le politique peut tout ou presque ?

La conséquence en est que l’environnement a aujourd’hui presque disparu des principales préoccupations des Français dans cette campagne présidentielle : seuls 6% des Français la citent comme un problème majeur pour la France dans le Panel Électoral Français 2012 d’Ipsos pour le Cevipof, et 9% pour eux-mêmes. Plus significatif encore, même les personnes ayant l’intention de voter pour Eva Joly ne le citent qu’en 4ème position des préoccupations pour la France avec 29%, derrière la crise économique et financière, le chômage et les inégalités sociales.

Une question nucléaire qui peine à mobiliser

Autre enjeu quasi disparu des esprits des Français en cette période électorale : le nucléaire. Quelques mois pourtant après la catastrophe de Fukushima, l’avenir de l’énergie nucléaire semble avoir été relégué au second plan par les questions économiques : seuls 4% des Français le citent comme une préoccupation pour la France et 3% pour eux-mêmes. Les menaces d’Henri Proglio et du gouvernement sur les conséquences d’une sortie du nucléaire ont par ailleurs peut-être aussi contribué à réintroduire un clivage gauche / droite traditionnel : selon un sondage TNS-Sofres réalisé en novembre dernier, 48% des Français souhaitent que la production d’énergie nucléaire soir arrêtée ou diminuée, alors que 52% souhaitent qu’elle soit maintenue à son niveau actuel ou développée, les sympathisants de gauche étant plus favorables à la première option (65%) alors que les sympathisants de droite sont plus favorables à la seconde (77%).

Plus intéressant encore peut-être : sur le recours à l’énergie nucléaire, 40% des Français indiquaient dans un récent sondage Ifop être « hésitants », 33% y être « favorables », 17% y être « opposés » et 10% ne pas avoir d’opinion sur le sujet, soit au final un Français sur deux n’ayant pas encore d’opinion construite. Neuf mois après Fukushima, le discours écologiste sur le nucléaire n’a semble-t-il donc pas encore réussi à percer dans l’opinion, une grande proportion des Français semblant perdue entre les inquiétudes environnementales et le spectre de la désindustrialisation de la France conjuguée à une hausse des prix de l’énergie.

Cette dernière problématique est particulièrement sensible en période de crise du pouvoir d’achat : 81% des Français estimaient ainsi dans un sondage CSA / 20 Minutes en avril dernier que les prix de l’électricité et du gaz avaient beaucoup augmenté. Or ces mêmes Français semblent très sensibles à l’argument selon lequel le nucléaire attaquerait moins le porte-monnaie des citoyens : 73% d’entre eux se disaient en effet convaincus en juillet dernier que le nucléaire permet de produire de l’électricité à un coût plus faible que d’autres sources d’énergie (sondage Ifop / Le Monde). Cette perception est très problématique pour les Verts car elle les met en difficulté sur un des marqueurs fondamentaux de leur identité écologiste, le parti de Cécile Duflot étant finalement aujourd’hui bien seul à défendre une sortie radicale du nucléaire, ses alliés du PS ou le Front de Gauche n’étant clairement pas sur la même longueur d’ondes.

La faute à Eva Joly ?

D’une manière plus générale, c’est l’écologie de combat prônée par Eva Joly qui peine pour l’instant à mobiliser les Français, le vote utile en faveur du candidat socialiste semblant l’emporter sur les préoccupations environnementales. Vieille rengaine pour un parti globalement apprécié des Français (45% de bonnes opinions dans le dernier baromètre TNS-Sofres, soit seulement un point de moins que le PS) mais souffrant toujours d’un déficit de crédibilité dès que l’on sort du cadre écologique, beaucoup de Français semblant voir les Verts comme antenne du PS dédiée aux questions d’environnement.

A ce problème structurel s’ajoute un autre souci : Eva Joly atteint aujourd’hui des niveaux d’impopularité rarement vus pour une personnalité écologiste. Avec 66% de « mauvaises images » (contre 23% de « bonnes images »), elle n’était ainsi devancée dans l’Observatoire CSA / Les Echos que par Marine Le Pen (71% de mauvaises images) et Ségolène Royal (69%), deux personnalités ayant pour des raisons différentes beaucoup de détracteurs. Plus grave encore, plus d’un tiers des sympathisants d’EELV (35%) en ont une mauvaise image, un chiffre très élevé pour une cible sensée lui être naturellement favorable.

Conséquence logique, Eva Joly peine aujourd’hui à rassembler l’électoral écologiste ayant pu voter pour EELV lors de précédentes élections autour de sa candidature. Seuls 47% des sympathisants de son mouvement déclaraient ainsi dans le dernier sondage CSA avoir l’intention de voter pour elle en 2012, 30% déclarant par ailleurs vouloir voter pour François Hollande, alors même que les quatre principaux candidats (Hollande, Sarkozy, Le Pen et Bayrou) retiennent eux entre 70% et 90% des sympathisants de leur parti.

Tous les regards déjà tournés vers l’Assemblée ?

Faut-il pour autant penser que tout soit la faute d’Eva Joly et de ses prises de position ? N’y a-t-il pas aussi là une simple inadéquation entre l’élection présidentielle française et les écologistes politiques ? La direction des Verts semble en tout cas avoir intégré cette seconde hypothèse, la négociation préalable avec le PS de 58 circonscriptions réservées montrant bien que les écologistes anticipent déjà les élections législatives avec la volonté de constituer pour la première fois un groupe parlementaire à l’Assemblée Nationale. C’est l’idée de longue date de Daniel Cohn-Bendit qui considère que l’avenir de la cause écologiste passera plus par une percée aux législatives que par un score honorable aux présidentielles, orientation donc partiellement validée lors de la négociation de l’accord PS / EELV.

Quel est dans ce contexte le rôle d’Eva Joly dans cette campagne ? Si un score du niveau de Dominique Voynet en 2007 serait certainement vécu comme un accident industriel trois ans après le succès des européennes, la direction des Verts espère toutefois sûrement moins un score à deux chiffres qu’un résultat correct, au-dessus des 5% si possible, permettant au parti de rester soudé tout en restant crédible auprès des Français (et accessoirement de rembourser ses frais de campagne …). Pouvant alors s’adresser avant tout au noyau dur de l’électorat écologiste, Eva Joly devrait maintenant avoir plus de liberté pour développer les thèmes écologistes sans avoir à trop se soucier de ne pas plaire à l’ensemble de l’électorat de gauche, les tensions internes exprimées au moment de l’accord avec le PS devant s’atténuer maintenant qu’EELV a pu investir ses candidats pour les législatives.

Les Français semblent d’ailleurs réceptifs à l’idée que l’écologie politique ait besoin de candidats indépendants pour porter ses valeurs : 61% déclarent ainsi dans un récent sondage de l’Ifop pour l’Alliance Écologique Indépendante que l’écologie politique doit « rester indépendante des autres partis politiques », seuls 39% pensant qu’elle doit « passer des accords avec d’autres partis politiques ». Une perception qui semble légitimer une certaine liberté de ton d’Eva Joly, même si elle devra arbitrer pendant la campagne entre cette liberté et la nécessité de ne pas (trop) s’attirer les foudres du PS, allié stratégique qui lui ouvre les portes de l’Assemblée .

N’oublions pas pour finir qu’elle pourrait aussi capitaliser sur les nombreuses affaires judiciaires en cours des deux côtés de l’échiquier politique, un domaine dans lequel son expérience antérieure lui donne une légitimité évidente. De ce facteur X et de sa captation du noyau dur de l’électorat écologiste dépendra donc son bon ou mauvais score en mai 2012. Date à laquelle les regards de nombreux élus des Verts seront déjà braqués sur le Palais Bourbon …

* Derniers sondages réalisés en décembre par les instituts suivants : BVA, Ipsos, LH2, CSA, Ifop et Harris Interactive

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