Deux ans après la défaite à l’élection présidentielle, le marasme de l’UMP

Deux ans après la défaite à l’élection présidentielle, le marasme de l’UMP

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Cécile Lacroix-Lanoë

Analyste Délits d’opinion

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Biographie

Diplômée de l'IEP de Grenoble et titulaire du master Progis (études d'opinion et de marché), Cécile Lacroix-Lanoë a travaillé au département opinion de l’Ifop, avant de rejoindre le service de la communication des ministères économiques et financiers en tant que cheffe de projet études. Elle est aujourd'hui directrice d'études à Kantar Public (ex TNS Sofres).

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François Hollande est aujourd’hui au faîte de son impopularité : seul un peu moins d’un Français sur cinq (19%) déclare encore lui faire confiance selon la dernière livraison du baromètre de TNS Sofres, la plus faible proportion jamais observée depuis son élection à la présidence de la République. Cette défiance record s’explique par la déception que suscite François Hollande au sein de son électorat : seuls 22 % des sympathisants du Front de gauche de gauche lui accordent encore leur confiance, 30 % des sympathisants d’EELV et un sympathisant socialiste sur deux (49%). Malgré une politique que les déçus de gauche qualifient pourtant comme étant « de droite », chez les sympathisants de l’UMP, l’impopularité du président persiste, seuls 3 % des personnes proches de la droite faisant confiance au président. Depuis le début de son mandat, jamais François Hollande n’a bénéficié du soutien des sympathisants de l’autre camp.

Face au président le plus impopulaire de la Ve République, le principal parti d’opposition devrait jubiler. Il n’en est rien. Lui-même fait face à de nombreuses difficultés. Englué dans les affaires, peinant à se définir, il lui est difficile de capitaliser les déceptions, les colères et les inquiétudes. Certes, l’UMP devrait, sans trop de surprise, regagner des communes à l’issue des élections municipales, malgré les triangulaires qui s’annoncent avec le Front national et lui compliquent la tâche. Pour autant, la crédibilité du principal parti d’opposition est loin d’être établie au niveau national, une situation qui ne date pas de l’éclatement, ces derniers jours, de multiples affaires entachant le parti et ses principaux dirigeants. L’UMP ne s’est pas remise de la défaite de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle et ses handicaps au sein de l’opinion sont de plusieurs ordres.

 

Seule une minorité de Français croit en la capacité de l’opposition à mener une meilleure politique

Dans un sondage réalisé avant les révélations sur les enregistrements de Patrick Buisson, la polémique sur les écoutes visant Nicolas Sarkozy et l’article du Point sur les contrats accordés par l’UMP à Bygmalion, seuls 25 % des Français estimaient que l’UMP ferait mieux que François Hollande et le gouvernement si elle était au pouvoir, un chiffre à mettre au regard de la faible popularité dont jouit en parallèle le président de la République : la « cote de popularité » du principal parti d’opposition est à peu près comparable à celle de François Hollande.

Même parmi les sympathisants du parti de droite, la capacité de l’UMP à mener une meilleure politique est mise en doute. Bien qu’assez naturellement, une majorité d’entre eux (60%) pense effectivement que l’UMP « ferait mieux », reste que 35 % jugent que l’UMP ne ferait « ni mieux ni moins bien que François Hollande », tandis que 4 % considèrent même qu’il ferait « moins bien ».

Outre le fait que l’UMP ne convainque pas complètement sa base, elle échoue également à susciter la confiance des autres composantes de la droite, confiance pourtant nécessaire pour obtenir la majorité des suffrages à une élection présidentielle : seuls 44 % des sympathisants de l’UDI estiment que l’UMP mènerait une meilleure politique que celle que conduit actuellement la gauche, 56 % considérant que le principal parti d’opposition ne ferait « ni mieux ni moins bien ». Chez les personnes proches du MoDem, le jugement est encore plus sévère : seules 18 % d’entre elles pensent que l’UMP mettrait en place une meilleure politique que celle du gouvernement actuel, 74 % estimant que l’UMP ne ferait « ni mieux ni moins bien » et 8 % « moins bien ». Enfin, parmi les sympathisants frontistes, la crédibilité de l’UMP à faire mieux que la gauche est également faible : seul un tiers d’entre eux estime que l’UMP ferait mieux que le gouvernement de Jean-Marc Ayrault et 44 % « ni mieux ni moins bien ». Un quart des sympathisants du Front national considèrent que l’UMP ferait pire que le gouvernement actuel, envers lequel leur jugement est pourtant on ne peut plus négatif.

Comme le montrent ces chiffres, l’UMP rencontre actuellement une vraie difficulté à incarner une alternative politique. Il n’est jamais simple pour un parti de surmonter une défaite à une élection présidentielle. Celle-ci a laissé l’UMP sans leader et sans programme, une situation exacerbée par la tragique guerre de succession à la tête de l’UMP en novembre 2012 et qui devrait se prolonger avec les différentes révélations qui viennent ternir l’image du parti.

 

Aux yeux des Français, l’UMP est un parti divisé

L’un des principaux handicaps de l’UMP dans l’opinion réside dans l’absence du leadership au parti. Le conflit ouvert entre François Fillon et Jean-François Copé, l’ambition des outsiders dans la perspective de l’élection présidentielle de 2017 et l’absence pesante de Nicolas Sarkozy donnent de l’UMP l’image d’un parti morcelé. Aujourd’hui, six Français sur dix (60%) qualifient l’UMP de « divisée ». Seuls 6 % estiment que le parti est véritablement uni et le jugent 22 % « uni, même s’il existe des divergences sur certaines questions ».

Les différences de vues existent naturellement dans tous les partis. Néanmoins, les Français considèrent bien que l’UMP est particulièrement confrontée aux divisions internes. A titre de comparaison, malgré les contestations que la politique présidentielle peut faire surgir au sein du parti socialiste sur son aile gauche, seuls 48 % des Français jugent le PS divisé, soit 12 points de moins que pour l’UMP.

Cette division est déplorée même parmi les sympathisants du parti : plus de quatre sur dix (43 %) évoquent une UMP divisée. Dans un parti dont le rôle affirmé est de servir de machine de guerre présidentielle, l’absence de leader charismatique bouscule. Les sympathisants de droite ne sont guère habitués aux combats de motions et l’ombre de Nicolas Sarkozy, qui se tient à l’écart de la vie politique mais laisse clairement deviner son envie de prendre sa revanche en 2017, paralyse le parti.

Aujourd’hui, l’ancien président de la République est l’archi-favori des sympathisants pour représenter l’UMP en 2017 et empêche l’émergence d’autres leaders capables de porter la parole de l’opposition au gouvernement. Dans un récent sondage CSA, 68 % des sympathisants de l’UMP choisissent Nicolas Sarkozy pour être leur candidat à la présidentielle. Ses principaux rivaux sont totalement distancés. Alain Juppé et François Fillon, préférés par 9 % des sympathisants de l’UMP, sont les deux autres seuls noms à s’imposer quelque peu face à l’ancien président de la République. Tous les autres candidats proposés, notamment Nathalie Kosciusko-Morizet, Bruno Le Maire, Laurent Wauquiez ou Xavier Bertrand, recueillent moins de 3 % de citations dans cette enquête. L’actuel président de l’UMP, Jean-François Copé, avec seulement 1 % des sympathisants se prononçant en sa faveur dans ce sondage réalisé avant la polémique qui entoure les contrats consentis à l’agence Bygmalion, ne profite aucunement de son OPA sur le parti pour l’instant.

Cette domination de Nicolas Sarkozy sur le parti, quoiqu’il en soit absent, s’explique notamment par le fait que ses deux concurrents les plus sérieux dans l’optique de 2017 ont vu leur image sérieusement affectée par le feuilleton de l’élection à la présidence de l’UMP. Encore aujourd’hui, les deux hommes qui se veulent les principaux leaders du parti d’opposition n’ont pas retrouvé leur popularité d’avant les tergiversations de la COCOE. Ainsi, François Fillon, dont 56 % des Français avaient une bonne image en octobre 2012, juste avant l’élection à la présidence de l’UMP selon le baromètre de l’institut CSA, ne bénéficie plus que des faveurs de 41 % des Français aujourd’hui. Jean-François Copé, qui disposait de 34 % d’opinions positives, n’en recueille aujourd’hui plus que 22 %. La popularité perdue en novembre 2012 n’a pas non plus été complètement regagnée au sein des sympathisants de l’UMP. Aujourd’hui, 72 % d’entre eux déclarent avoir une bonne image de François Fillon alors qu’ils étaient 88 % en octobre 2012. Pour Jean-François Copé, l’écart est tout aussi important : seuls 43 % des sympathisants UMP en ont une bonne image aujourd’hui contre 58 % en octobre 2012. De surcroît, depuis les accusations du magazine Le Point, les baromètres de popularité montrent que l’image de Jean-François Copé auprès des Français se dégrade de nouveau.

Au-delà des considérations personnelles pour ces deux hommes politiques, il est difficile de ne pas imaginer que cette dégradation de l’image de deux des principaux leaders de l’UMP n’ait pas rejailli sur l’image du parti dans son ensemble. S’il est encore trop tôt pour mesurer l’impact des soupçons qui pèsent actuellement sur Nicolas Sarkozy, ses déboires judiciaires pourraient également affecter son parti et pas seulement l’ancien président lui-même.

 

Une ligne politique déconnectée des aspirations de l’électorat ?

Après la défaite de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle et donc de son programme, l’UMP rencontre également des difficultés dans l’affirmation d’une ligne politique. L’attitude ambiguë et parfois embarrassée face au mouvement « manif pour tous » constitue un exemple emblématique de la division programmatique du parti, qui va au-delà des « questions de société ». Après avoir rejeté l’idée d’un droit d’inventaire sur la présidence de Nicolas Sarkozy et face à un gouvernement qui pratique la triangulation en matière économique, l’UMP ne renvoie pas l’image d’un parti de propositions politiques crédibles pour incarner l’alternance. De fait, seuls 27 % des Français considèrent que « l’UMP a une ligne claire, dont elle ne bouge pas » (et 73 % des sympathisants UMP contre 22 % d’avis inverse).

En outre, l’UMP, en réaffirmant récemment des positions très libérales sur le plan économique (disparition du CDI avec la création d’un contrat de travail unique, dégressivité des allocations chômage, plafonnement des aides sociales, allongement de la durée de cotisation pour les retraites…), pourrait ne pas parvenir à répondre aux attentes et aux inquiétudes de son électorat. Alors que 57 % des sympathisants du parti estiment que la mondialisation est une menace pour la France, le principal parti de droite ne formule aucune proposition pour répondre à cette crainte qui n’est pas loin d’être aussi présente dans les rangs des sympathisants de l’UMP que dans ceux du FN (74%). Encore plus symptomatique, un sympathisant de l’UMP sur cinq (21 %) estime aujourd’hui qu’il faut sortir de l’euro et 29 % estiment que l’appartenance à l’UE est une mauvaise chose, des positions en complet décalage avec la ligne défendue actuellement par l’UMP.

Autre exemple, sur une question que l’on pourrait considérer consensuelle parmi la base électorale de l’UMP, la réduction du nombre de fonctionnaires, les enquêtes montrent que l’électorat du parti est en fait loin d’être unanimement rangé derrière l’idée d’une diminution des dépenses de l’État par ce biais : seuls 60 % des sympathisants UMP estiment qu’il y a trop de fonctionnaires (-13 points par rapport à 2013). Si peu considèrent pour autant qu’il n’y en a pas assez (7%), un tiers jugent que le nombre de fonctionnaires est convenable et ne poussent donc pas à de nouvelles réductions d’effectifs dans la fonction publique.

Si aucun parti n’apparaît exempt de débat programmatique, si la base électorale d’un parti n’est jamais en résonance complète avec un programme qui doit transiger entre différentes sensibilités, l’UMP ne pourra faire autrement que de composer avec certaines craintes renforcées avec la crise, qui impliquent un programme assez différent de celui proposé en 2007 par Nicolas Sarkozy. La raréfaction des services publics, notamment dans les campagnes, le creusement des inégalités sociales, ou l’inquiétude sur la perte de pouvoir de l’État dans la mondialisation n’inquiètent pas seulement les sympathisants de gauche. L’UMP – comme d’ailleurs le PS à gauche – devra arriver à une synthèse complexe entre les partisans d’un monde ouvert à la mondialisation et ceux qui le redoutent, sauf à voir ces derniers se détourner du vote ou se laisser séduire par le Front national.

 

Les défis de l’UMP

Deux ans après la défaite à l’élection présidentielle, l’UMP rencontre de vraies difficultés à incarner une alternative crédible face à un gouvernement pourtant très impopulaire et, d’abord, à jouer son rôle dans l’opposition : aujourd’hui seuls 23 % des Français pensent que l’UMP remplit bien son rôle d’opposant au gouvernement dont seulement 42 % des électeurs ayant voté au premier tour pour Nicolas Sarkozy.

Actuellement sans véritable leader, le parti de droite est aujourd’hui pris en étau et voit sa position dominante à droite mise en danger. La création de l’UDI, qui a détaché le centre droit du parti, devrait logiquement effriter les résultats électoraux de l’UMP aux prochaines élections européennes. L’« alternative » qui regroupe l’UMP et l’UDI est actuellement créditée d’un score à deux chiffres dans les sondages relatifs à ce scrutin. L’autre défi qui se pose à l’UMP est la montée du Front national. Le potentiel de séduction du parti frontiste sur toute une frange de l’électorat de l’UMP est indéniable : 44 % des sympathisants de l’UMP estiment que le FN est un parti proche de leurs préoccupations.

Ainsi, le malaise actuel à l’UMP ne peut être réduit aux multiples « affaires » qui touchent le parti ces derniers jours. Il a des racines plus profondes. Près de deux ans après la défaite à l’élection présidentielle, l’UMP traverse une grave crise de leadership et s’interroge toujours profondément sur son programme.

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