Crise du pouvoir d’achat : les Français ne trouvent pas de remède dans le travail supplémentaire

Crise du pouvoir d’achat : les Français ne trouvent pas de remède dans le travail supplémentaire

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Frédéric Pennel

Analyste Délits d’Opinion

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Biographie

Journaliste de formation, Frédéric Pennel est spécialiste en sciences politiques et en questions internationales. Après une expérience en institut de sondage, il a piloté les études d’opinion au sein du ministère de la défense. Il est actuellement consultant éditorial en agence de communication.

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Le temps de travail : une victoire idéologique de la droite ?

Depuis un certains nombre de mois, les études d’opinion qui émanent notamment des instituts de sondages relèvent la montée en puissance du pouvoir d’achat comme étant la préoccupation majeure des Français. La difficulté de subvenir décemment à ses besoins a donc succédé à d’autres enjeux qui monopolisaient auparavant l’attention des médias ou des politiques tels le chômage ou, plus récemment, l’insécurité.

 

L’une des solutions préconisées par le gouvernement est la concrétisation du slogan « Travailler plus pour gagner plus » du candidat Nicolas Sarkozy. Ce dernier ayant été confortablement élu, les leaders de droite avaient estimé que le vent avait tourné, que les mentalités avaient changé. François Fillon avait conclut cette évolution : « Nous avons gagné la bataille idéologique. Nous sortons du relativisme culturel et moral que la gauche française des années 1980 avait diffusé dans le pays. » Le constat était très ambitieux : succédant à la dynamique du partage du temps de travail, les Français auraient alors été convaincus par une nouvelle logique économique : « le travail crée le travail. »

 

Dans l’objectif de libérer le travail, le gouvernement s’est efforcé de déverrouiller par tous les moyens la semaine de 35 heures, avec deux armes principales à sa disposition : la défiscalisation des heures supplémentaires et la possibilité de se faire racheter ses RTT. Les Français se plaignent de l’étroitesse de leurs marges de manœuvre financières ? Ils peuvent, à leur échelle individuelle, par leur travail, se constituer des revenus supplémentaires.

 

Pourtant, les derniers sondages auprès des bénéficiaires potentiels de ces mesures, à savoir les salariés, sur leurs velléités de vouloir travailler plus peuvent paraître décevants, voire très décevants.

 

Le principe « travailler plus pour gagner plus » n’a pas progressé depuis trois ans

 

Selon un récent sondage de l’institut CSA, seul un quart (25%) de la population active occupée est prête à travailler plus d’heures par semaine pour avoir un niveau de vie plus élevé tandis qu’ils sont majoritaires (59%) à vouloir travailler autant d’heures par semaine qu’actuellement. Non seulement la majorité des actifs ne trouve pas aujourd’hui dans le travail supplémentaire un moyen d’accroître ses ressources, mais surtout la tendance penche plutôt vers une diminution de cette opinion (-2 points par rapport à 2005). Sur cette question, le clivage est générationnel, les jeunes voulant travailler plus que les autres (40% des moins de 30 ans), mais aussi social, les employés étant plus ouverts que les autres pour travailler plus (34 %).

 

Ces résultats, après la victoire de Nicolas Sarkozy qui avait placé ce concept au centre de son programme et en pleine crise du pouvoir d’achat, apparaissent surprenants.

 

Le très fort attachement des Français à leurs RTT

 

Plus précisément, un sondage LH2 effectué à la veille de l’été auprès des salariés a révélé des résultats encore plus éloquents. A peine plus d’un sur dix (11%) envisage de se les faire racheter par son employeur. L’ampleur du rejet démontre surtout l’attachement des Français à ces journées de congés supplémentaires autour desquels ils ont désormais organisé leur rythme de vie. Les catégories disposant le moins de pouvoir d’achat y sont certes un peu plus disposées mais les résultats restent globalement très peu favorables au rachat. Les ouvriers sont ainsi 16% à s’y déclarer favorables mais ce sont les jeunes qui marquent le plus grand intérêt pour la mesure (24% des 18-24 ans). N’ayant souvent pas encore construit de famille et ayant des revenus plus faibles que leurs aînés, ils se montrent davantage intéressés par ce dispositif. En revanche, les cadres, souvent désignés comme les principaux bénéficiaires de la mise en place des 35 heures sont parmi les moins nombreux à l’envisager. Ils constituent pourtant la « cible » prioritaire dans la stratégie du gouvernement pour accroître la durée du travail, celui-ci ayant adopté au milieu de l’été un dispositif qui augmente le plafond de jours de travail pour un cadre payé au forfait.

 

La victoire de Nicolas Sarkozy n’a donc pas fait évolué les mentalités sur la question du temps de travail. L’exacerbation des revendications en faveur d’une augmentation du pouvoir d’achat n’a eu aucun impact sur cette question : les Français placent leur vie personnelle, en dehors du travail, au-dessus de la dimension financière.

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