Choix du  Premier ministre : Copé malgré-lui ?

Choix du Premier ministre : Copé malgré-lui ?

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Matthieu Chaigne

Co-fondateur Délits d’Opinion

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Biographie

Diplômé de Dauphine, de l’EDHEC et d’un master de Lettres à la Sorbonne, Matthieu Chaigne commence sa carrière en tant que planneur stratégique au sein d'Ogilvy. En  2012,il intègre le cabinet de communication stratégique Taddeo comme Directeur Conseil. Il est aujourd'hui Directeur Associé du groupe BVA (pôle conseil/ Le pouvoir des idées)  il est par ailleurs l'auteur de "La France en Face" aux éditions du Rocher.  

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Les spéculations se succèdent sur le nom du futur Premier ministre. Alors que chaque jour une nouvelle hypothèse se fait jour, force est de constater que la difficulté des commentateurs à arrêter le profil du candidat idéal résulte davantage d’une équation programmatique que d’un problème d’hommes. La martingale de 2012 n’a pas encore été trouvée comme avait pu l’être le thème du travail en 2007, au croisement entre une valeur de société et une promesse trébuchante sur le pouvoir d’achat.

Or, le choix du futur premier ministre doit se déterminer à l’aune de la stratégie électorale de 2012. Pour gagner, Nicolas Sarkozy doit réussir trois objectifs : endiguer l’effritement de son socle de droite, séduire le centre pour gagner le second tour, et éviter par-dessus tout une sur-mobilisation du camp adverse dans un schéma « tout sauf Sarko ». Trois objectifs périlleux à concilier comme l’a démontrée la séquence sécuritaire de l’été : ce que Sarkozy a gagné auprès des professions intermédiaires, il l’a perdu auprès des professions supérieures, risquant au passage de mobiliser une frange d’abstentionnistes estimant que la ligne jaune avait été franchise.

Pour reprendre la main, le Président doit donc envisager une stratégie de reconquête, qui conditionnera le choix du Premier Ministre idéal. Délits d’Opinion s’est prêté au jeu et dresse ici trois scénarios.

Scénario 1 : la droite retrouvée

CASTING : François Fillon ou Michèle Alliot-Marie

C’est un scénario hybride à même de réconforter les sympathisants UMP. Celui d’une droite des valeurs qui ferme la parenthèse Woerth et de l’EPAD, une droite du faire plutôt que du dire. Une droite retrouvée. Une droite des militants, moins bling-bling, plus provinciale, qui affiche une fermeté sur la sécurité, mais sans surenchère, et soit ainsi capable de renouer avec les professions libérales, la droite chrétienne et les centristes qui doutent et s’inquiètent d’une « droitisation » pour reprendre les propos de Jean-Pierre Raffarin. Ce scénario est tout à la fois un nouveau départ et la reconnaissance des errements du passé. C’est aussi un moyen de couper l’herbe sous le pied à une potentielle candidature Villepin.

Bien sûr, un nom vient immédiatement en tête pour incarner, paradoxalement, cette droite retrouvée :

François Fillon. Il est le chouchou de l’opinion publique. Selon un sondage publié par l’IFOP début septembre, une majorité de Français souhaite son maintien. Il est passé au travers de la réforme des retraites, des affaires de l’été, et de la crise. Au sein des sympathisants UMP, c’est un véritable plébiscite; 86 %, souhaitent qu’il reste à son poste. Garder François Fillon, c’est donc prendre acte des désirs de la droite française.

Une autre figure tient la corde dans ce scénario. Michèle Alliot-Marie est en effet dans le peloton de tête des sympathisants UMP en cas de non reconduction de François Fillon. Aimée des militants, elle incarne le professionnalisme sans vagues. Des caractéristiques qui permettent à la ministre de la justice de bénéficier, outre du soutien relatif de la droite, d’une certaine estime des électeurs du Modem, ainsi que du soutien des électeurs les moins politisés.

Enfin, Michèle Alliot-Marie bénéficie d’un côte proportionnellement plus élevée de la part des femmes. Un statut pas inutile dans le climat actuel : prendre Michèle Alliot-Marie, c’est aussi tenter de contenir la pression des affaires dont l’aperçu estival laisse augurer du climat au cœur de la campagne. Bref, prendre Michèle Alliot Marie ou conserver François Fillon, c’est entendre la droite qui doute : sauf qu’en 2012, c’est Sarkozy qui se présente…. Et c’est ici que le bas blesse :

Les limites de ce scénario sont connues. Nicolas Sarkozy les a déjà éprouvées ces trois dernières années : ce casting ne fait que renforcer l’idée qu’il existe deux droites. Ce choix ne protège pas le Président. Il met en lumière ses défauts. Un jeu de contraste saisissant qui ne crée pas d’externalités positives pour le Président. Bref, un jeu à somme perdante.

Scénario 2 : « balle au centre»

CASTING idéal : Jean-Louis Borloo

Ce scénario est une stratégie de séduction en vue du second tour. Il s’agit de partir à la reconquête des électeurs MODEM et d’Europe Ecologie qui manquent cruellement au Président pour l’emporter au lendemain du premier tour. Une situation qui peut s’avérer plus inextricable encore pour le Président en cas de candidature Strauss Kahn. Selon les derniers sondages – à interpréter avec prudence en raison de l’échéance encore très lointaine – le président du FMI creuse l’écart avec Nicolas Sarkozy, grâce à son pouvoir d’attraction très élevé auprès des CSP+. En choisissant un premier ministre plus consensuel pour sa fin de mandat, Sarkozy choisit aussi de dépassionner le débat et de contrecarrer les candidatures du nouveau centre et du Modem. Il met en exergue la politique environnementale menée, et donne une vraie cohérence faciale à la séquence sociale qu’il entend mener avec le plan dépendance. Il casse enfin le monopole de la gauche sur les thèmes de mieux vivre que tente de décliner Martine Aubry avec son concept de « care », en l’obligeant à durcir son positionnement pour se différencier.

Candidat idéal : Jean-Louis Borloo pour sa capacité à brouiller les cartes

Bien sûr, Borloo n’est pas le choix du cœur de la droite, jonglant habilement, trop peut-être, avec les étiquettes aux yeux des électeurs UMP. En revanche, l’ancien avocat a un vrai pouvoir d’attraction auprès des électeurs centristes. 40% des électeurs de Bayrou estiment qu’il ferait un bon premier ministre selon le sondage IFOP pour le JDD ;

Selon le sondage IFOP pour France Soir, Borloo jouit en outre d’une réelle cote de popularité auprès des sympathisants d’Europe Ecologie qui placent sa candidature nettement en tête de leur choix.

Et, même si le ministre de l’Ecologie a objectivement perdu de son attrait auprès des sympathisants Verts. -en juin 2008, selon un sondage IFOP, 47% des électeurs verts souhaitaient sa nomination à Matignon- ces derniers ainsi que le MODEM lui accordent une réelle légitimité sur les enjeux environnementaux.

Les limites se résument à une question : Borloo peut-il déteindre positivement sur l’image de Sarkozy ? Peut-il en tant que Premier ministre verdir l’image du Président, là où il a objectivement échoué en tant que ministre de l’Ecologie ? Ce qui est en jeu, c’est la capacité de Borloo à créer un transfert d’adhésion de sa personne sur Sarkozy. Un président qui, selon ce scénario, devra jouer le rôle du gardien du temple et contenir la déception de ceux à droite qui ne manqueront pas d’évoquer une nouvelle « ouverture ».

 

Scénario 3 : le premier ministre de la « vraie droite »

CASTING idéal : Brice Hortefeux ou Jean-François Copé

Ce scénario prend à contre-pied la structure actuelle de l’exécutif : aujourd’hui, Sarkozy joue sans se forcer le rôle de premier flic de France et permet à son premier des ministres d’incarner en contrepoint une image plus mesurée.

L’idée de ce scénario est de « droitiser » le Premier Ministre sur les enjeux de sécurité et d’immigration en donnant plus de lest au président pour élargir son audience.

Au Premier ministre le rôle de gardien du temple : ce dernier doit occuper le terrain et mettre la gauche en porte à faux sur le dernier bastion où elle est moins crédible que la droite. Ce choix est ainsi une façon habile d’occuper indirectement le terrain sécuritaire et d’encaisser les royalties sans s’engager de façon aussi clivante. La réussite de ce scénario repose sur une condition : laisser au premier ministre en première ligne sans donner l’impression de se renier. Pour cela le président doit puiser dans la force du symbole et choisir habilement son candidat.

Qui pour assumer le job ?

Brice Hortefeux, parce qu’il est ministre de l’intérieur et qu’il a occupé le terrain tout cet été, mais aussi parce qu’il est un très proche du Président, semble à première vue une équation intéressante. La force symbolique de sa nomination permettrait au Président de prendre du champ sur ces questions à l’approche des élections sans être accusé de se renier. Mais Brice Hortefeux jouit du soutien des sympathisants FN – un quart souhaite sa nomination- à la hauteur de l’aversion qu’il provoque au sein du Modem et des verts. Son choix serait donc vécu comme une provocation vis-à-vis de ceux que Sarkozy veut justement séduire pour le second tour, et ouvrant une brèche pour le centre et Villepin.

Dans ce contexte, une autre option se dégage : celle de Jean-François Copé. La trajectoire politique de cet énarque et chiraquien pur souche, est bien-sûr radicalement opposée à celle de Brice Hortefeux. Le président du groupe UMP à l’Assemblé lorgne en outre sur l’UMP, et ne semble en apparence aucunement intéressé par Matignon. Mais, dans le scénario d’une droite assumée, Jean-François Copé présente un profil intéressant pour plusieurs raisons :

Il exerce un fort pouvoir d’attraction auprès des électeurs FN : 44% des sympathisants et 33% des électeurs qui ont voté pour Jean-Marie le Pen en 2007 sont favorables à sa nomination. Son combat aux avant-postes dans le débat sur la Niqab, et son expérience à la mairie de Meaux lui confèrent une légitimité sur le terrain sécuritaire et des valeurs….. sans cliver autant que Brice Hortefeux. Selon le dernier baromètre des personnalités de septembre, Jean-François Copé peut se targuer d’un score de 76% d’opinions positives da part de l’UMP. Il est donc le candidat idéal pour conserver un centre de gravité à droite et permettre à Sarkozy de prendre du champ. Enfin, dans ce scénario, l’âge de Jean-François Copé est un atout non négligeable. Plus jeune que Sarkozy, et souvent comparé à ce dernier, il permet au Président de garder symboliquement la main en confiant un ordre de mission clair à son cadet.

La limite de ce scénario n’est autre que Jean-François Copé lui-même. Celui qui vise sans se cacher la présidentielle de 2017 a-t-il objectivement envie de voir Sarkozy rempiler pour cinq ans ? Prendre la maison UMP c’est s’octroyer une assurance tout risques quelle que soit l’issue de l’élection présidentielle. Mais rater Matignon, c’est aussi faire l’impasse sur une fonction essentielle pour se tailler un costume de présidentiable.

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Reprendre la main :

Pour mettre fin à   deux ans d’incompréhension avec l’opinion, Nicolas Sarkozy doit à nouveau façonner l’agenda médiatique. Reprendre la main, c’est choisir d’abord un candidat qui ne demande pas le poste.   Reprendre la main ensuite, c’est s’assurer que son Premier ministre maitrise parfaitement les manœuvres politiques et saura jouer son rôle de fusible dans la guerre de tranchée qui s’annonce féroce durant les mois à venir. C’est enfin réussir un numéro d’équilibriste périlleux : donner des gages à la droite tout en élargissant son audience. Pour toutes ces raisons, le choix de Jean- François Copé émerge sensiblement. Un pari périlleux à la hauteur du handicap creusé par les trois années d’exercice du pouvoir.

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