Ce bon vieux pessimisme français…

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Olivier Vanbelle

Co-fondateur Délits d’Opinion

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Biographie

Après des études à Sciences Po et à l’ENS de la rue d’Ulm, Olivier a travaillé au sein d'un institut de sondages. Il a ensuite évolué au sein de cabinets de conseil auprès du secteur public.

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Taux de natalité élevé, espérance de vie record, taux de suicide historiquement bas : s’il on regarde les agrégats démographiques, la France pourrait ressembler à un pays heureux. Pourtant les études s’additionnent pour nous montrer à quel point les Français restent les champions du pessimisme, ce qui en ferait un peuple malheureux ou résigné.

Quelle forme de pessimisme ?

L’économie tout d’abord, domine cette angoisse affichée par les études.

Une récente enquête CSA / Les Echos / Institut Montaigne commentée par Nicolas FERT montre que 70% de nos concitoyens « estiment que la situation économique est plutôt en train de se dégrader ». Une quelconque amélioration, pourtant observable dans les dernières statistiques macroéconomiques, n’est saluée que par 4% des répondants.

Ce constat est globalement et majoritairement partagé par l’ensemble des catégories de population. Les ouvriers et employés, premiers concernés, se montrent logiquement les plus majoritairement inquiets (76% contre 62% chez les catégories les plus favorisées). La principale variable clivante dans cette proportion de sinistrose repose sur la proximité politique : les sympathisants de gauche, visiblement en ligne avec l’optimisme du Président, voient une majorité relative mettre en avant une situation « plutôt stable » (46% contre 44% mettent en avant une dégradation). En revanche, les sympathisants des autres partis n’affichent pas un tel optimisme et enfoncent tous la poste de la dégradation : extrême-gauche (83%), MoDem (72%), droite (82%), Front national (92%).

Une constante depuis 30 ans

Cet alarmisme ambiant n’est pas récent. Le « Baromètre mondial de l’espoir économique » mené par BVA publie des résultats négatifs sur cette donnée depuis 1978. A la question « Vous personnellement, pensez-vous que par rapport à cette année, l’année 2012 sera une année de prospérité économique, une année de difficultés économiques ou sera-t-elle semblable à cette année ? »

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Depuis 1978, cet indice de confiance est continuellement négatif, le pic atteint en 1979, date du second choc pétrolier.

2012 constitue depuis cette époque un record avec un sympathique solde de -79 (81% estiment que 2012 sera une année de difficulté économique quand 2% évoquent une possible prospérité).

Les sous-catégories les plus largement alarmistes se trouvent parmi les plus âgés (-88 parmi les 65 ans et plus contre « seulement » -67 pour les moins de 30 ans) et les classes moyennes (-86 pour les personnes aux revenus compris entre 1800€ et 2500€, -78 pour ceux avec plus de 4400€).

On pourrait ici reprendre à notre compte la formule de jean ROSTAND se déclarant « très optimiste quant à l’avenir du pessimisme » tant la tendance paraît profonde

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et durable.

Les Français champions du monde du pessimisme

Il est intéressant de noter que ce pessimisme n’est bien sûr pas partagé par tous avec la même acuité. Réside une profonde inégalité entre les différents continents, difficile à objectiver uniquement à travers des agrégats macroéconomiques, bien que les zones aux plus fortes perspectives économiques se montrent généralement les plus optimistes.

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Comme cette carte l’éclaire tout particulièrement, l’Europe de l’Ouest est donc la région du monde avec la majorité de pessimistes la plus importante. Parmi les pays comptant la part la plus majoritaire d’optimistes, on compte des endroits où il fait bon vivre comme le Nigéria (recordman de cette étude avec +80), le Ghana, l’Ouzbékistan, le Soudan du Sud, la Tunisie, l’Azerbaïdjan, la Colombie ou l’Irak.

On perçoit donc un biais évident dans les réponses obtenues : quand les européens, sûrs de la stabilité de leur pays et bien au chaud dans leur démocratie perçoivent l’avenir à travers un prisme économique, dans bien d’autres régions du monde les hommes pensent avant tout à leur survie.

Ainsi parmi les pays recordmans du pessimisme, la France arrive en tête, suivie de l’Irlande, l’Autriche, la Belgique et même l’Allemagne !

Pessimistes ? Vous avez dit pessimistes ?

Nous avons jusqu’à présent évoqué les perceptions d’un futur perçu collectivement. Manifestement ces projections sont fortement pessimistes et semblent révéler une difficulté à déceler un destin commun ou, si l’on veut y déceler une note positive, une certaine lucidité quant aux difficultés à venir pour notre pays. Affirmer un certain pessimisme c’est ici dénoncer un avenir collectif qui ne satisfait pas ou pire, dans lequel on ne croit plus, mais c’est également faire preuve d’une certaine lucidité quant aux menaces collectives à venir.

Marbeau disait que le pessimisme était « un signe d'impuissance : on est pessimiste parce qu'on se sent incapable de dominer la vie. » Une prochaine étude pourrait ici questionner ce lien entre absence de vision positive de l’avenir et sentiment d’impuissance, potentiellement objectivé par son statut face à la mondialisation et aux diverses transformations économiques. Voir les plus âgés et les ménages aux revenus les plus faibles parmi les plus pessimistes constitue déjà un premier indice.

Pourtant, si l’on questionne les perceptions de l’avenir individuel, nos concitoyens se montrent beaucoup moins défaitistes : concernant leur situation individuelle, ils sont en effet une majorité à prédire une année 2012 meilleure ou au moins identique (10% meilleure, 44% identique).

La part des personnes prévoyant une moins bonne année tombe à 46% (contre 81% pour la situation collective, rappelons-le). Là encore, la lucidité existe et les premières données démographiques citées en introduction montrent la vitalité de notre pays et de ses concitoyens… lorsqu’il s’agit de leur propre existence. C’est donc au niveau du projet collectif que le bât blesse.

A ne pas douter, cette absence de transcendance constituera l’un des enjeux clés de la présidence de 2017.

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