« Ça va mieux » : qu’en pensent les Français ?

« Ça va mieux » : qu’en pensent les Français ?

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Mathieu

Analyste Délits d’Opinion

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Biographie

Après des études à l’IEP de Grenoble et un master en sociologie politique à Sciences Po Paris, Mathieu a travaillé dans un institut de sondages. Il est aujourd’hui chargé d’études au sein d’une administration publique.

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« Ça va mieux ». La phrase utilisée par François Hollande pour défendre son bilan économique et social lors de l’émission Dialogues Citoyens du 14 avril n’a pas manqué de prendre les observateurs au dépourvu. Alors que le premier tour de l’élection présidentielle se tiendra dans moins d’un an, il était pourtant grand temps pour le Président d’insister sur les signes d’amélioration qui, pense-t-il, ne manqueront pas de se préciser au cours des prochains mois. Pour autant, ces propos ont aussi pu surprendre voire choquer l’opinion, qui juge toujours aussi négativement le bilan de François Hollande, notamment en matière économique.

Un redémarrage économique timide et qui ne profite pas au grand public

De manière surprenante, un sondage Elabe montre que le diagnostic posé par le Président est partagé par une partie non négligeable de l’opinion. En effet, pas moins de 45% des sondés pensent que l’économie « redémarre », contre 54% qui estiment l’inverse, un score plus serré qu’on ne pourrait l’imaginer. La part de ceux qui jugent que l’économie redémarre est plus nombreuse auprès du cœur électoral de François Hollande : 72% chez les sympathisants de gauche, 54% chez les cadres, 49% parmi les habitants des grandes villes. Reste que cette reprise est aussi jugée très timide : seuls 3% pensent que l’économie « va s’améliorer rapidement », contre 42% qui jugent qu’elle « va s’améliorer lentement ». Surtout, ces chiffres n’ont pas évolué depuis octobre 2015, signe que la reprise n’est pas véritablement perçue par les Français, ou du moins qu’aucune dynamique positive ne s’est enclenchée depuis l’automne dernier.

Cette reprise économique, ressentie à des degrés divers par près d’un Français sur deux, n’a cependant pas de conséquences sur leur vie quotidienne : selon OpinionWay, 73% des sondés estiment que les choses ne s’améliorent dans aucun de leurs principaux domaines de préoccupation (croissance, sécurité, emploi, etc.). Réalisée fin 2015 par TNS Sofres pour le CEVIPOF, une étude montrait que de très larges majorités des sondés estimaient qu’au cours des 12 derniers mois, le chômage avait augmenté en France (85%), de même que les impôts (82%), les inégalités sociales (83%) ou encore les prix (78%). Si une partie des Français constate donc les premiers signes d’une timide reprise, force est de constater qu’ils n’en ressentent, à ce stade, aucun bénéfice personnel.

Un des pays les plus pessimistes au monde

Ce sentiment d’une crise économique qui persiste est particulièrement marqué en France. Selon une enquête réalisée tous les mois par IPSOS dans 24 pays, en avril, seuls 12% des Français jugeaient que la situation économique du pays était bonne. Il s’agit d’un des chiffres les plus bas enregistrés par l’institut : la France se situe en effet très loin derrière des pays comme l’Allemagne (74%) ou la Suède (63%), mais aussi les États-Unis (45%), le Royaume-Uni (39%) ou le Japon (21%). L’économie de la plupart des pays émergents est aussi jugée bien plus positivement par leurs habitants, qu’il s’agisse de l’Inde (81%), de la Chine (67%) ou de la Turquie (40%), seul le Brésil se situant nettement sous le niveau de la France avec seulement 8% de ses habitants qui estiment que l’économie du pays se porte bien.

Le jugement sur la situation économique dans les grands pays développés

25 pays

La France se situe donc en queue du peloton des grands pays développés, à un niveau comparable à celui de l’Espagne (15%) ou de l’Italie (13%), deux pays dont les habitants portent un regard presque aussi pessimiste que le nôtre sur la situation de leurs économies nationales. Et là où l’Espagne connaît une progression de la confiance timide mais constante depuis le plus fort de la crise à la fin 2012 (2% jugeait alors que l’économie espagnole se portait bien), la tendance est beaucoup plus stable en France. Non décidément, pour les Français, ça ne va pas vraiment mieux.

Un délai incompressible entre la reprise économique et son ressenti par les Français

Dans ce contexte, rien d’étonnant à ce qu’une large majorité (83%) des Français interrogés par Elabe se disent en désaccord avec le « ça va mieux » de François Hollande, seuls 17% approuvant ses propos. L’impressionnante persistance du sentiment d’une crise économique qui se prolonge alors que les premiers signes de reprise sont bien présents n’est à vrai dire pas étonnante.

Depuis le début des années 1980 et l’apparition d’un chômage de masse (la barre des deux millions est franchie à l’été 1981), les périodes de hausse marquée du chômage (1981-1985, 1991-1994, 1995-1997, 2001-2005, 2008-2009, 2011-2013) ont toutes été suivies par la montée dans l’opinion du sentiment que le chômage progressait. De même, les périodes de décrue du chômage sont aussi restituées par l’opinion dans les sondages de l’INSEE mesurant tous les mois leur perception du phénomène.

Le lien entre le niveau du chômage et le ressenti des Français

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Toutefois, cette mémorisation de l’évolution du chômage dans l’opinion n’apparaît que si cette tendance s’inscrit dans le temps. Une baisse du chômage pendant un ou deux mois n’a pas d’impact, et il faut au minimum quatre mois de baisse continue pour que les Français perçoivent le phénomène. Cette période de latence s’explique peut-être par l’intérêt limité des Français pour l’actualité, notamment en matière économique et par le délai incompressible pour que les évolutions macro-économiques aient des conséquences sur le quotidien des sondés. De fait, malgré la forte baisse du chômage enregistrée en mars, les évolutions contradictoires des statistiques de Pôle Emploi au cours des mois précédents n’ont pas (encore ?) conduit les Français à véritablement prendre conscience d’une reprise économique.

La baisse du chômage n’entraine pas forcément une hausse de la popularité du Président

On peut toutefois se demander quelles seront les conséquences d’une baisse prolongée du chômage pour François Hollande, à moins d’un an du scrutin présidentiel. Car si la réalité des chiffres du chômage est donc assez bien perçue par l’opinion sur le moyen terme, sa traduction sur la cote de popularité de l’Exécutif est moins évidente.

Depuis 1975, la relation entre l’évolution du taux du chômage et l’évolution de la popularité présidentielle est surtout forte pendant les périodes de hausse du chômage. Les périodes 1975-1985, 1991-1994, 1995-1997, 2001-2005, 2008-2009 et 2011-2013, marquées par des hausses rapides et fortes du chômage, ont systématiquement été accompagnées par une nette augmentation des opinions défavorables au Président en place. Les seules exceptions concernent la période de cohabitation 1993-1994 ainsi que les périodes d’alternance (1981, 2002, 2012).

Le lien entre le niveau du chômage et l’impopularité du président de la République

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En revanche, les périodes de baisse du chômage ne s’accompagnent pas systématiquement d’une amélioration de la popularité du chef de l’État : stagnation en 1987-1991 et à la fin du second mandat de J. Chirac (2006-2007), dégradation au début du mandat de N. Sarkozy (2007-2008) et entre 2009 et 2011.

Les propos de François Hollande sont donc malvenus pour une grande majorité des Français, qui ne perçoivent pas de reprise et n’en bénéficient donc pas, en termes d’emploi ou de pouvoir d’achat. Même si l’amélioration en cours se confirme au cours des mois suivants, il n’est pas certain que la majorité des Français la perçoive d’ici la fin du mandat. Et si la reprise est constatée par les Français dans leur vie quotidienne, la mettront-ils au crédit de François Hollande ?

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1 Comment

  1. KRON Bernard
    KRON Bernard05-13-2016

    Tout se dégrade en particulier dans le domaine de la santé:
    C’est au point de se demander s’il ne faudrait pas être réactionnaire pour rétablir la qualité des soins?
    Par le Docteur Bernard KRON Membre de l’Académie Nationale de Chirurgie.
    La Loi Santé de 2016 a pour objet “la modernisation du système de santé”… elle va au contraire accélérer sa descente aux enfers! Faudra-t-il revenir en arrière pour restaurer la qualité des soins “à la Française”? Les suicides qui ont récemment défrayé la chronique devraient nous interpeller sur cette situation.
    Retour vers le passé:

    En Mai 1968 les externes qui étaient nommés par concours deviennent tous étudiants hospitaliers au prétexte d’un enseignement égalitaire, ce qui tirera en fait cette fonction vers le bas. Le mal sournois de l’égalitarisme vient de commencer!

    En 1974 la création des 21 régions sanitaires favorise les CHU qui vont être au nombre de 29. Certains vont, hélas, se développer en cannibalisant les cliniques privées voisines pourtant très performantes.

    Dans les années 90, le système de santé français était classé au premier rang mondial par l’OMS. Il faisait des envieux. Le déficit de la Sécu a servi de prétexte à l’État pour qu’il s’empare de tous les leviers au détriment de la qualité. Les « ordonnances Juppé » de 1995/96, les mises aux normes, les trente-cinq heures ont bouleversé l’organisation hospitalière. En 2002 l’Internat subit le même sort que l’Externat. Il a été remplacé par l’ECN qui reçoit 100% des étudiants en fin de cycle: même avec copie blanche on est reçu!

    Ces concours favorisaient un élitisme nécessaire à la qualité pour une grande médecine française, mais celle-ci était trop rebelle et les politiques « en coupant les têtes » ont pesé lourdement sur cette qualité que les autres pays nous enviaient.
    Les internes des hôpitaux:

    Ils ont dépassé le nombre de 26 000, ils ont été classés de façon aléatoire par cette “Épreuve Classante Nationale” (ECN). Ils sont mis à contribution pour faire fonctionner les services, alors que les externes se limitent à s’occuper de la paperasse et du secrétariat administratif aux dépens de leur formation clinique. Ils sont pris en otage pour décrocher un poste de post internat: le Clinicat. Ils n’ont ni le temps ni parfois même les capacités pour les encadrer. Les internes revendiquent en conséquence le repos compensateur, la prise en compte des journées de formation dans leur temps de travail. Il a fallut qu’ils se mettent en grève pour que le ministère de la santé commence à les écouter.

    Telle est la triste vérité.

    L’anonymat, le caractère impersonnel des soins, la sélection d’accès aux soins en fonction de l’âge et de la gravité de la maladie sont la conséquence de ces mauvaises décisions. L’administration a étendu son emprise et tient en otage les praticiens qui veulent y faire carrière. Les autres sont partis vers des cieux qui semblaient plus cléments mais qui s’obscurcissent avec les pesanteurs administratives!

    Le suicide de praticiens hospitaliers comme celle d’Internes devraient faire réfléchir le monde politique sur l’ineptie de décréter par la loi la qualité des soins qui demain ne sera plus au rendez-vous sans un retour en arrière.

    Je développe ces idées dans le livre: “Chirurgie chronique d’une mort programmée.” Éditions L’Harmattan.

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