Besancenot : incarner 100% de la gauche ?

Besancenot : incarner 100% de la gauche ?

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Matthieu Chaigne

Co-fondateur Délits d’Opinion

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Biographie

Diplômé de Dauphine, de l’EDHEC et d’un master de Lettres à la Sorbonne, Matthieu Chaigne commence sa carrière en tant que planneur stratégique au sein d'Ogilvy. En  2012,il intègre le cabinet de communication stratégique Taddeo comme Directeur Conseil. Il est aujourd'hui Directeur Associé du groupe BVA (pôle conseil/ Le pouvoir des idées)  il est par ailleurs l'auteur de "La France en Face" aux éditions du Rocher.  

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Tandis que le PS se cherche un chef, Olivier Besancenot s’impose comme la figure incontournable de la gauche. Le leader de la LCR est aux yeux des Français le meilleur leader de l’opposition, recueillant le suffrage de 17% des personnes interrogées selon le baromètre Opinion Way du mois de Juin. Succès d’estime, choix par défaut ou véritable base électorale ? En cette année d’échéance européenne le leader de la LCR, qui ambitionne de fédérer la gauche anticapitaliste sous la bannière du NPA, va pouvoir tester le réel pouvoir d’attraction de sa personne et la pertinence de sa stratégie politique.

Tapis rouge pour la LCR

 

Un espace dégagé à gauche :

  • Oliver Besancenot bénéficie d’un espace inespéré à gauche de l’échiquier. Alors qu’Arlette Laguiller quitte la scène politique, le Parti Communiste continue de sombrer. Seul un Français sur cinq a une bonne opinion du PC selon le baromètre TNS SOFRES du mois de juin 2008. 21% des Français souhaitent que Marie-George Buffet joue un rôle à l’avenir. A titre de comparaison, ils sont 43% à espérer qu’Olivier Besancenot joue un rôle dans les mois à venir, signe que l’espace politique de l’extrême gauche existe.
  • Olivier Besancenot touche plus globalement un électorat socialiste probablement sensible à la clarté d’un positionnement 100 % à gauche – slogan de la LCR durant l’élection présidentielle de 2007-, ainsi qu’à l’absence perçue de combat de personne. Ainsi, 60% des sympathisants de gauche veulent que Besancenot joue un rôle dans les mois à venir, soit 11 point de plus que pour Dominique Strauss-Kahn et seulement 6 points de moins que Ségolène Royal, créditée de 66 % d’opinions favorables.

La question du pouvoir d’achat : pain béni pour le leader de la LCR

Entre décembre 2007 et juin 2008, le pouvoir d’achat est devenu la priorité numéro un des Français avec un gain de plus de 20 points (de 33 à 46 %) dans le baromètre de TNS SOFRES. Une crispation exacerbée par l’incapacité perçue du gouvernement à résoudre le problème. 88 % de nos concitoyens jugent l’action du gouvernement inefficace, chiffre sans appel qui met au jour une profonde déception qui transcende toutes les sensibilités politiques.

Cet effet d’agenda constitue une manne pour le leader de la LCR qui milite longtemps pour une meilleure répartition des richesses.

Une bienveillance de la droite

Troisième pilier, assez paradoxal de la popularité d’Olivier Besancenot : la sympathie relative de la droite à son encontre. 39% des sympathisants de l’UMP ont une bonne opinion de ce dernier selon le baromètre Ifop pour Paris Match (Juin 2008). Et, au delà des traits de personnalité (jeunesse, franc-parler, sympathie), qui peuvent influer dans sa perception, les sympathisants de l’UMP voient peut-être dans le leader le la LCR une figure de l’opposition dont la force et l’intransigeance constituent un contrepoids sain pour la vie politique. Une piste accréditée par la soudaine montée en puissance de la popularité d’Olivier Besancenot au lendemain de l’élection présidentielle, alors que le gouvernement bénéficiait encore d’un état de grâce.

Une bonne cote auprès des « sans étiquette partisane »

Enfin, le leader de la LCR bénéficie d’une image très positive (63%) auprès des individus sans préférence partisane, qui sont généralement plus distanciés, voire critiques vis-à-vis des hommes politiques.

 

Une année électorale charnière

 

La popularité de Besancenot n’est-elle pas contre-productive ?

La bonne opinion des sympathisants de droite et du centre -54 % du MoDem- ne constitue pas forcément une promesse de succès électoral. La popularité du leader de la LCR auprès d’une cible qui ne votera probablement jamais pour lui signifie peut-être la dilution du caractère transgressif du vote. A titre de comparaison, la tentative de normalisation opérée par le leader du FN, si elle ne peut à elle seule expliquer les 10% aux élections présidentielles, constitue néanmoins un facteur de la désaffection du vote. Olivier Besancenot pourrait souffrir du même handicap : un parti qui semble s’assagir et ne constitue plus une caisse de résonnance aux revendications

En outre la popularité de Olivier Besancenot repose sur des catégories difficiles à mobiliser pendant les élections : les jeunes, les CSP-, ainsi que les citoyens sans préférence partisane.

Faire du pouvoir d’achat un enjeu européen

En réalité, le succès du facteur de Neuilly aux prochaines élections européennes dépendra de sa capacité à télescoper frustration nationale et méfiance vis-à vis des instances européennes. Une stratégie facilitée par la Présidence Française de l’Union Européenne, moyen efficace de surfer sur la vague anti-européenne relancée depuis le non irlandais, et de fustiger l’inaction des dirigeants français et européens à améliorer la vie quotidienne des français, notamment sur la question du pouvoir d’achat.

Alors que l’absence de consensus au sein du PS risque fort d’handicaper leur campagne, Olivier Besancenot et son nouveau mouvement anticapitaliste pourraient alors s’imposer comme le mouvement du non à l’Europe et du non à la politique de Sarkozy.

 

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