Après l’ouverture à gauche, l’ouverture (très) à droite ?

Après l’ouverture à gauche, l’ouverture (très) à droite ?

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Raphaël Leclerc

Co-fondateur Délits d'Opinion

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Biographie

Ancien élève de la Sorbonne, du Kings Collège à Londres et diplômé de la London School of Economics, Raphaël Leclerc a travaillé en institut d’études sur des thématiques d’opinion puis en cabinet de conseil en communication. Il est aujourd’hui Directeur Conseil au sein d’ELABE, un acteur hybride qui associe études, planning stratégique et conseil.

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Un récent sondage réalisé par l’Institut BVA pour Canal + indique que 54% des Français pensent que le Président Sarkozy n’aurait pas intérêt à poursuivre l’ouverture à gauche. Ce désaveu semble  symboliser la fin d’un long chapitre commencé le soir de son MB3-412 élection en mai 2007. Après un été très mouvementé, on peut se demander si la fin du quinquennat ne va pas être marquée par l’ouverture à droite cette fois. Délits d’Opinion fait le point sur  l’hypothèse d’une ouverture à l’extrême droite; entre stratégie politique et opportunisme.

La conquête et l’exercice du pouvoir

En politique, il est un dilemme qui a touché tous les partis et ceci à toutes les époques. Pour modifier l’état et le mode de fonctionnement de notre société, vaut-il mieux intégrer le gouvernement et y diffuser ses idées ou bien demeurer dans l’opposition dans l’espoir de s’emparer du pouvoir lors des prochaines élections ?

Si de nombreux partis de gauche se sont longtemps refusés à « jouer le jeu de la démocratie bourgeoise » le cas du Front National est à ce titre original, car le choix de « participer au pouvoir » ne lui a jamais été  proposé en dépit de son poids électoral. En effet, ses résultats lors des récentes élections auraient dû donner au parti d’extrême droite accès au pouvoir, tout du moins lors des élections législatives. Pourtant, paria de la République, souvent qualifié d’antirépublicain, le FN a dû survivre dans la peau de l’éternel opposant ; depuis 1972 et jusqu’au 21 avril 2002 ; un jour victime du mode de scrutin, le lendemain des alliances de circonstances de ce que Jean-Marie Le Pen nomme l’ »UMPS ».

Pourtant la séquence politique de l’été, animé par les feuilletons « Immigration-Roms » et « Insécurité-Grenoble »,
C2090-610 ceux-ci enrichis des déclarations sur la « déchéance de la nationalité », prononcées quelques mois après le grand débat sur l’identité nationale, ont donné une odeur de souffre à cette rentrée.

Alors que la compétition interne pour la succession de Jean-Marie Le Pen est officiellement lancée depuis le 4 septembre dernier. Dans cette dernière ligne droite et à l’aube du premier virage en termes de management au sein du FN, deux camps s’affrontent même si les « marinistes » semblent en mesure d’imposer leur candidate.  Fille du leader historique, Marine Le Pen a hérité du sens politique et du talent oratoire de son leader de père.  Aujourd’hui installée et renforcée  par des premiers succès électoraux de poids, elle semble en mesure d’assurer la continuité du parti tout en modifiant dans une certaine mesure le fond et la forme.

Dans ce contexte, l’institut Ipsos a interrogé les Français au mois d’avril 2010 sur l’hypothèse de voir la – possible – future chef de file du FN intégrer le gouvernement de Nicolas Sarkozy. 68% des Français se déclaraient « opposés » à cette hypothèse. Un chiffre important mais qui témoigne néanmoins d’un vrai basculement ; en particulier si l’on analyse ce résultat dans le détail. En effet, l’idée du rempart face au FN semble avoir du plomb dans l’aile si l’on considère que seulement deux tiers des Français partagent cet avis. On notera à ce sujet que dans aucune famille politique le rejet de Marine comme membre du gouvernement ne recueille plus de 85%, les sympathisants UMP étant 36% à se déclarer favorables à l’entrée de la conseillère régionale du Nord-Pas-de-Calais au gouvernement Sarkozy 2.

Pour expliquer cette tolérance croissante à l’égard du FN il faut s’intéresser à la personnalité du chef et au contexte politique, économique et social de ces huit derniers mois.

Le FN dans les starting-blocks

Depuis ses débuts en politique, Marine Le Pen est bien la fille de son père mais se refuse au mimétisme le plus strict. En faisant l’économie des déclarations sur Vichy, la Shoah et en se concentrant sur Sarkozy, l’immigration et l’insécurité, elle est en passe d’accomplir la métamorphose du parti frontiste grâce à une image moins clivante que celle de son père.

La thématique de l’immigration, cheval de bataille historique du parti, demeure un axe fort du discours du FN. En 2010, l’immigration et sa mauvaise gestion ont été avancées comme explication du marasme économique, comme explication à la montée du chômage avant que la polémique sur l’identité nationale et les reconductions de Roms décidées par le gouvernement en prennent le relai.

Ce dernier point est en effet l’un des arguments qui pourrait provoquer l’intégration à court ou moyen termes de Marine au gouvernement. En effet, pendant longtemps le FN a manqué d’une passerelle politique vers le pouvoir. Depuis le départ de Pasqua, la disparition politique de Villiers et l’immobilisme qui caractérise le mouvement de Nicolas Dupont-Aignan, le FN a semblé  bien esseulé et dans l’incapacité de franchir le fossé qui le séparait des autres formations de droite. Ainsi, la division qui plane sur l’UMP entre les « sécuritaires » et les « modérés » pourraient, si la division se renforçait, offrir à Marine Le Pen un Secrétariat d’état en 2010 ou à défaut en 2012.

Il sera dès lors question d’opportunisme et de positionnement. Le FN n’y est pas encore mais le parcours hier semé d’obstacles semble s’être dégagé avec l’été. Que dira l’automne ?

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