2012, année écologiste ?

2012, année écologiste ?

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Nicolas Fert

Biographie

Diplômé de l'IEP de Grenoble en études d'opinion et de marché (PROGIS) après une hypohâgne/khâgne à Reims, Nicolas Fert travaille aujourd'hui au sein du département Opinion d'un institut de sondage.

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Alors que les différentes familles politiques commencent à serrer les rangs en vue de 2012, où en est au juste l’écologie politique ? Au zénith électoral électoral lors des élections européennes de 2009 (16,28% pour Europe Ecologie / Les Verts, presque 20% si l’on y ajoute les écologistes indépendants), bien placée depuis bien que relativement déclinante (12,18% aux régionales de 2010, 8,2% aux cantonales de mars dernier), elle se retrouve aujourd’hui face à un obstacle qu’elle n’a jusque là jamais su vraiment dompter : l’élection présidentielle.

Ecologie et Présidentielle : l’impossible rencontre ?

Les européennes de 2009 ne sont pourtant pas le premier succès électoral des écologistes français. Les élections européennes ont ainsi régulièrement consacré l’écologie politique : 10,59% pour les Verts d’Antoine Waechter en 1989 (un an après n’avoir réalisé que 3,78% à la présidentielle), 9,79% pour ceux de Daniel Cohn-Bendit en 1999. Paradoxe seulement apparent, ces bons scores n’ont jamais permis aux Verts français d’amorcer une dynamique qui puisse être efficace jusqu’à l’élection reine de la Vème République. Le meilleur score des écologistes reste les 5,25% de Noël Mamère en 2002, cinq ans avant l’effondrement de 2007 (1,57% avec Dominique Voynet), un désastre électoral qui acheva même de convaincre Daniel Cohn-Bendit qu’il n’y a point de salut pour les Verts à présenter un candidat à cette élection présidentielle qui ne convient décidément pas à la nature du mouvement écologiste.

L’impossible rencontre entre l’écologie et la présidentielle est maintenant largement théorisée. Parti fondé sur une idée (l’écologie comme force de reconstruction de la société) largement consensuelle mais finalement toujours tenue comme secondaire face aux défis socio-économiques qui rythment une élection présidentielle, les Verts ont toujours eu du mal à trouver le bon ton pour ré-éditer leurs succès européens. Confrontés à une élection qui en revient inlassablement au chômage, à l’emploi et au récit national mais aussi à un corps électoral très différent de celui d’élections intermédiaires désertées par les classes populaires, les écologistes français se sont sont vus régulièrement relégués à un rôle de délégués du PS aux questions environnementales. L’écologie comme véritable moteur pour changer la société n’a jamais vraiment réussi à s’imposer dans l’esprit des électeurs. Cela peut-il alors changer en 2012 ?

Fukushima : un mal pour un bien ?

On peut faire deux réponses : une dictée par le contexte du moment, une plus structurelle quand à la place réelle du souci environnemental dans l’opinion. La première serait de considérer les événements dramatiques intervenus au Japon comme une formidable chance pour Europe Ecologie / Les Verts de sortir du rôle d’allié dominé du PS. Qui de plus légitime en effet qu’une formation qui prône depuis des lustres la sortie du nucléaire et la transformation écologique de notre société pour faire face au risque nucléaire qui semble germer dans l’esprit d’une partie de l’opinion publique (56% des Français se disaient inquiets en avril 2011 à l’égard des centrales françaises, Ifop / France Soir) ?

L’époque semble en effet propice à l’avènement de l’écologie politique comme véritable force de proposition et de gouvernement. L’improbable succès des Verts allemands dans le länd du Bade-Wurtemberg, pourtant réputé conservateur, montre la crédibilité accrue du mouvement écologiste de l’autre côté du Rhin. Le modèle est-il transposable en France ou les Verts n’ont pas la même force électorale que leurs voisins germaniques ? C’est loin d’être évident tant la Vème République aime à briser tout « troisième force » qui ambitionnerait de casser le clivage gauche-droite traditionnelle.

Que nous disent alors les sondages de la préoccupation environnementale ? Que l’écologie est certes une préoccupation des Français mais qu’elle ne s’est pas encore installée comme une priorité à leurs yeux. La préoccupation pour « l’environnement et la pollution » était d’ailleurs en chute libre avant Fukushima dans la baromètre TNS-Sofres / La Croix : à 47% en septembre 2009, peu de temps après les européennes, elle était tombée à 30% en février dernier. La crise de Fukushima l’a certes fait remonter de 8 points en un mois (38% en mars) mais on remarque déjà un tassement deux mois après la catastrophe (36%). Plus grave encore, l’environnement ne semble toujours pas constituer une priorité d’action dans la tête des Français : une enquête Ifop en mai  la place en dernière position d’importance de six problèmes proposés au Français, bien derrière le pouvoir d’achat (38%) et l’emploi (22%) mais aussi la sécurité des biens et des personnes (14%) et les retraites (14%), à égalité avec l’éducation et la recherche (6%). La présidentielle sera donc probablement encore un dur combat pour les écologistes français.

Qui pour relever le défi de 2012 ?

Un défi qu’ils ne sont plus apparemment que deux à vouloir relever : Nicolas Hulot et Eva Joly, Daniel Cohn-Bendit, candidat fantasmé depuis le boom des européennes et Cécile Duflot, secrétaire nationale, ayant déjà décidé de se mettre en retrait. L’un dépasse parfois les 10% d’intentions de vote (13% dans le dernier sondage d’Ipsos si Ségolène Royal était la candidate du PS) pour un score moyen de 8,7%* depuis janvier 2010 alors que l’autre est aujourd’hui bien en deçà avec un score moyen de 5,9%, étant de ce fait de moins en moins présente dans les intentions de vote qui semblent installer Nicolas Hulot dans une position de favori logique.

Que penser des raisons de cet écart de potentiel électoral ? Eva Joly ayant longtemps été seule en piste avant que Nicolas Hulot n’entre officiellement en campagne le mois dernier, il est difficile de trouver de vraies lignes de fracture entre les deux. L’une (Eva Joly) est certes réputée plus proche de l’appareil qu’un Nicolas Hulot situé très en périphérie du mouvement. Ils pourraient en réalité passer tous deux pour des outsiders au sens littéral, Eva Joly n’étant jamais adhérente aux Verts que depuis 2008, ayant d’ailleurs à l’époque hésité entre les Verts et le Modem. Les combats fratricides entre la tendance Verts historiques (Jean-Vincent Placé, Cécile Duflot et donc Eva Joly) et la tendance à l’ouverture vers Europe Ecologie (Cohn-Bendit, Yves Cochet et Nicolas Hulot) semblent en tout cas loin de passionner les Français, le duel Joly / Hulot se résumant au final surtout à une bataille de notoriété.

A un an de la présidentielle, alors que les thématiques de la campagne n’ont pas encore réellement émergé et que l’offre électorale est encore très floue, les différences d’intentions de vote entre Hulot et Joly n’ont ainsi pas grand chose avec les orientations idéologiques de l’un ou l’autre, si tant est qu’ils les ait clairement exprimé. Tous deux nouveaux en politique, ils n’ont en réalité pas les mêmes atouts pour exister médiatiquement en vue de 2012. Nicolas Hulot, présentateur TV star pendant 20 ans, est en effet une figure connue d’à peu près tous les Français alors qu’Eva Joly reste inconnue d’une partie non négligeable des Français. Un quart des Français (24%) n’avait ainsi pas d’opinion à son égard en mai dans le dernier Observatoire CSA / Les Echos contre seulement 5% pour Nicolas Hulot. Plus grave peut-être, elle semble pour l’instant plus clivante que ne l’est son rival, 48% des Français en ayant une image négative (28% d’image positive) alors que la moitié des Français ont aujourd’hui une image positive de Nicolas Hulot (50%, contre 45% d’image négative). Est-ce pour autant rédibitoire ?

Le filtre de la primaire

On pourrait être tenté de répondre par l’affirmative. Tous les sondages réalisés sur l’issue des primaires semblent ainsi indiquer un avantage décisif pour Nicolas Hulot : le dernier réalisé par l’Ifop pour Sud Ouest en avril 2011 le donnait ainsi vainqueur à 66% contre 32% pour Eva Joly auprès des sympathisants d’EELV. Même chose dans un sondage BVA en avril 2011 (58% contre 29%), Nicolas Hulot apparaissant en plus dans cette même enquête en tête des personnalités défendant le mieux l’environnement pour ces mêmes sympathisants (88%), largement devant Eva Joly (37%**).

Ces chiffres sont tout de même encore à prendre avec des pincettes car ils reflètent aujourd’hui plus la position dominante qu’a aujourd’hui Nicolas Hulot qu’une conviction profonde des sympathisants d’EELV. On a ainsi vu récemment avec les primaires au Front National que les militants n’hésitent pas à investir le candidat qui leur semble le mieux placé pour 2012 même s’il n’est pas forcément celui avec lequel ils ont le plus d’affinités idéologiques. Dans le cas du duel Joly / Hulot où la confrontation d’idées est encore loin d’être lancée, ces sondages semblent donc tout simplement indiquer que les sympathisants d’EELV donnent aujourd’hui une prime à celui qui pourrait réaliser le meilleur score en 2012.

Il faut tout de même pondérer cela par la nature particulière des primaires écologistes, très différentes par exemple de celles du Parti Socialiste. Les Verts historiques ont ainsi réussi à imposer des primaires plus fermées puisque les non-adhérents voulant participer devront débourser 10 euros pour pouvoir choisir leur candidat. Est-ce que ce format a priori plus favorable aux partisans d’Eva Joly plus nombreux dans l’appareil pourra suffire à combler le déficit d’image de celle-ci face à un Nicolas Hulot moins bien représenté au sein du parti ? L’histoire des guerres internes au sein des Verts nous oblige en tout à retenir l’hypothèse, d’autant que la candidature de Nicolas Hulot soulève encore beaucoup de questions.

Hulot prêt pour le combat ?

Malgré les scores importants réalisés dans quelques sondages, on perçoit en effet un petit décrochage dans l’image de Nicolas Hulot. Il perd ainsi 8 points dans le baromètre TNS-Sofres / Figaro Magazine (43%, certes loin devant Eva Joly, 21%). Plus important, il perd aussi bien à gauche (-10) qu’à droite (-11), le signe que le consensus l’entourant est peut-être en train de s’effriter. Le signe aussi qu’une bonne partie de sa popularité et de son potentiel électoral vient de non-sympathisants peu politisés et d’électeurs pour l’instant indécis, électorat ô combien instable.

Autre danger, on sait que l’électorat écologiste est lui-même extrêmement volatile et peut au dernier moment se reporter vers le PS ou d’autres candidatures centristes (François Bayrou, dont l’ancien secrétaire national des Verts Yann Wehrling est l’un des derniers fidèles, ou Jean-Louis Borloo, régulièrement cité par les Français comme un bon défenseur de l’écologie). La déroute électorale de 2007 l’a assez bien montré à cet égard.

Un récent sondage CSA pour BFM TV, RMC et 20 minutes en mai ne lui donnait d’ailleurs que 6% des intentions de vote quel que soit le candidat du PS. La conséquence notamment d’une faible rétention des sympathisants d’EELV : seuls 35% d’entre eux se reportaient vers lui si François Hollande était le candidat du PS, 45% dans l’hypothèse Aubry. Une faible propension à rassembler l’électorat écologiste pourrait être fatale à mesure que la campagne avancera et que chaque candidat devra rallier le maximum de suffrages dans son électorat traditionnel. Car la force de Nicolas Hulot vient aujourd’hui en grande partie de sa capacité à grappiller des suffrages chez des abstentionnistes l’identifiant plus grâce à la télévision qu’à ses idées et chez des centristes rassurés par son image moins gauchière que celle d’Eva Joly et des Verts en général. Qu’en sera t-il une fois que la campagne sera lancée et que la compétition l’obligera à choisir clairement son camp ? N’oublions pas que l’espace sera en 2012 beaucoup moins libre au centre qu’il ne l’était en 2007 pour François Bayrou, ce dernier et Jean-Louis Borloo étant déjà prêts à l’occuper.

Perçée ou désillusion électorale en vue ?

En conclusion, beaucoup d’incertitudes se dressent face eux Verts dans l’optique de 2012. Nicolas Hulot choisira t-il une candidature « ni droite ni gauche » ou se résoudra t-il à céder au tropisme de gauche des Verts en appelant notamment à voter pour un éventuel candidat PS au second tour ? Si c’est le cas, sera t-il plus légitime qu’Eva Joly pour porter une candidature de ce type ? La réticence des Verts historiques à jouer le jeu de l’ouverture peut-elle mettre en danger Europe Ecologie / Les Verts ? Des questions qui devront en tout cas vite être traitées car une autre échéance attend les Verts en 2012 : les législatives. Et c’est de leur capacité ou pas à enfin percer à l’Assemblée pour obtenir un groupe parlementaire que dépendra leur position pour les 5 ans à venir sur la scène politique française.

* Moyenne établie à partir de tous les sondages d’intentions de vote publiés depuis janvier 2011 (23 à ce jour)

** Trois réponses possibles.

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